Photo de Man Ray

 

Sentir sous mes doigts sa peau dure, tenace,

Yeux fermés

Bouches menues dans cet ovale

Les mots se taisent, inutiles.

Mais mon cœur te dit :

“Je te maintiens, tu gardes l’équilibre.

Ensemble, peau contre peau

Respirons.

Quand enlèveras-tu ton masque d’ébène ?”

 

“Toi l’enfant qui fut mon enfance

et qui grandit encore aujourd’hui,

parfois tu es imprévisible.

Ta colère et tes peurs me bouleversent, me tétanisent

Ta joie et ton pétillement me ravissent

Ta tendresse et ton innocence me remplissent

 

Toi, l’enfant, qui as été et qui es sous mes doigts,

Je te sens

Ouvre grand les fenêtres,

Vois le jour

Ta nuit d’ébène est devenue nacre

Tu peux enlever ton masque.”

 

Mais…

Je ne porte pas de masque…

Et c’est toi qui me bouleverse, car tu me crées ainsi, à ta mesure, conforme à cette image de moi qui te sert à exister.

    Photo de Dorothea Lange

 

Regarde-moi. Je suis là, heureuse, allongée dans l’herbe ; je te considère avec compassion et cela me fait même un peu sourire…

Je n’ai ni peur ni colère. Je comprends que tu veuilles me protéger, mais je n’en ai pas besoin. Regarde-moi.

Oui, je suis la joie et le pétillement et j’aime que tu me sentes sous tes doigts. Cela te rassure, je le sais.

Ai-je tendresse et innocence ?
Peut-être encore un peu, mais c’est aussi un jeu que j’aime jouer pour toi.
Il faut que tu continues d’y croire.

Alors, à toi, à toi d’ouvrir grand tes fenêtres comme les miennes sont ouvertes déjà,
et à toi d’ouvrir les paupières pour voir le jour comme moi.

Mais qui donc, de nous deux, doit enlever le masque ?

 

 

Atelier d’écriture – Villenave d’Ornon – 30 mars 2022

Marie-Paule, puis Christian