Accolés au temps qu’il nous reste
Nous errons dans cette vacuité domestique
Paisibles bonheurs d’anesthésie
Où l’on respire par habitude
Pour que le cœur batte encore
… comme la pendule d’argent
Perfusions indolores et perverses
De bougies d’anniversaire
De chansons désenchantées
De demains sans lendemains
Accolés aux souvenirs qui nous restent
Nous lançons les balles moins haut
Nous désirons partir moins loin
Spirale de l’inerte en nos veines
Les orgues se taisent
La forge s’éteint
La faucheuse affûte son outil
Je m’échappe
Par cette fenêtre laissée ouverte
Au cas où…
Cette fenêtre laissée ouverte
N’en finit pas de rétrécir
Je ne peux plus m’échapper
Dehors, le paysage est immobile
Et froid
Et triste
Désertées les avenues
Les plages vides restent froides
Plus de vent
Plus de chant d’oiseaux
L’éternité commence déjà



Un texte poignant sur la vie qui s’écoule, comme le sable dans un sablier !
Une vérité qui brise le cœur. Jeune, on ne la perçoit pas, mais les années qui passent en font prendre conscience…
On souhaiterait presque devenir Alzheimer pour ne pas ressentir cette dégradation que les années imposent au corps et à l’esprit.
Merci pour ce texte, bien qu’il soit déprimant !
Une citation qui résume notre angoisse !
L’homme est le seul être vivant qui prend la conscience de la mort. Il est le seul à savoir qu’il mourra. Sa vie se situe dans l’ombre de cette certitude. Il est infecté par la peur de la mort. Mais pour pouvoir vivre tout de même, il faut qu’il fasse comme s’il ne devait pas mourir. Pour survivre, il doit se bercer d’illusions. C’est à cela que sert la culture. Les hommes, sachant qu’ils sont mortels, sont constamment occupés à donner à leur vie une structure, une forme et une signification. Ils recherchent une vie qui fasse oublier la mort et qui ne soit pas mise en morceaux par l’absurdité : une vie qui comble la béance menaçante du néant et capitonne le vide par du contenu. La culture donne des recettes pour dissiper la peur de la mort. Elle promet aux hommes un avenir que pourtant ils ne pourront jamais avoir.
Wolfgang Sofsky
Texte extrêmement poignant qui me fait penser à la chanson de Brel sur les vieux. Ecris, mon frère, laisse un peu de ton âme dans tes textes pour ta famille, pour tes amis et pour nous qui te lisons, tu seras toujours là. Ce qui nous reste du passé, ce sont des construction et des écrits. J’ai fait des constructions qui existerons bien après moi mais ou j’ai laissé une part de moi. Je passe parfois sur une place avec ma petite fille et je lui dit” du vois le dallage en pierre, c’est papy qui l’a fait”
et je vois la fierté dans ses yeux. A Salon de Provence il y a deux fontaines que mon père a carrelé en 1957. Les carreaux sont toujours là. Bien que décédé il y a trois ans, mon père est vivant! Aujourd’hui, je veux écrire pour laisser une trace de mon moi intérieur. Mes filles sont mes premières lectrices et compiles avec amour tout ce que j’écris. Si nous avons bien vécu, entouré de gens qui nous aiment, il est impossible que tout ses sentiments disparaissent. Il est impossible de les peser ou de les quantifier mais ils existent quelques part, et c’est là que nous allons. Lorsque j’ai eu mon cancer, je me sentais serein et apaisé après une période d’angoisse vite oublié. Ecris, Hermano, et tu seras toujours là. Mais peut être que je me berce d’illusion… (désolé Loki mais Sofsky est un abruti, ça rime et c’est un carreleur qui te le dit)
Comment commenter ton magnifique poème après Loki et Gilbert ? Je ressens la même émotion qu’eux et je crois pour les mêmes raisons. Que dire du temps qui passe et nous approche de l’échéance définitive ?
Seule la poésie peut aussi bien nous parler de cela.
Je ne connais pas Sofsky, et serais donc incapable d’abonder dans le sens de Gilbert, mais je retiens la dernière phrase citée par Loki :
La culture donne des recettes pour dissiper la peur de la mort. Elle promet aux hommes un avenir que pourtant ils ne pourront jamais avoir.
Je ne sais si la culture “promet” mais elle ouvre les portes du rêve et nous permet d’humer le parfum de l’éternité.
Gilbert, tu as travaillé de tes mains et les traces de ton travail ont une grande longévité, celles du mien n’existent peut-être que dans le souvenir de certains de mes élèves, se dissipent avec le temps et mourront avec eux. Les écrits moins éphémères disparaîtront aussi. Que savons nous des foules d’humains qui nous ont précédé ? Peu de choses. Restent les grandes œuvres incluant l’architecture, tu en es et dans quelques siècles on foulera encore quelques uns de tes carrelages.
Un très grand merci Hermano pour avoir trouvé les mots qui disent si justement ce qui accompagne la dernière étape, et que nos jeunes lectrices ou lecteurs veuillent bien excuser ces échanges entre vieux, aux couleurs du soir.
Merci pour ces commentaires bienveillants.
C’est un texte que j’avais écrit il y a déjà 10 ans et que je n’avais pas publié de nouveau pour ne pas plomber l’ambiance.
J’ai profité du fait qu’il fait 38 degrés ici et qu’en plus c’est mon anniversaire pour le faire ! 🙂
Ne vous inquiétez pas trop, je n’ai pas vraiment les idées noires, et je pense plutôt comme Montaigne (régional de l’étape pour moi, car ancien Maire de Bordeaux) que “philosopher, c’est apprendre mourir“, phrase que d’aucuns attribuent aussi à Platon ou à Cicéron, mais Montaigne parlait latin couramment et avait bien sûr lu tous les classiques grecs et latins dans le texte !
J’ose vous envoyer ce lien plein d’image morbides – je ne sais pourquoi – mais au texte qui nous explique la grande sagesse de Montaigne devant la mort. Enfin, je trouve : https://www.rtbf.be/article/philosopher-c-est-apprendre-a-mourir-comment-interpreter-cette-citation-de-montaigne-11435164
Ah ! Ça vous ravigote pour 10 ans au moins ! 🙂
Bon anniversaire Hermano.
Je ne voulais pas faire de commentaire mais ton poème m’a tellement bouleversé que je n’ai pas pu m’en empêcher. J’ai aussi un peu exagéré en parlant de Sofsky. Toute mes excuses à Loki. Je suis parfois un peu trop sanguin.
Tranquilos, les gars ; à propos de “fenêtre ouverte” et pour nous remonter le moral, j’avais déjà écrit une suite ici :
https://oasisdepoesie.org/textes-dauteurs/poemes/hermano/croire-aux-principes/
Bonne (re)lecture ! 🙂
Les cimetières sont pleins de gens indispensables !
Longtemps, j’ai eu cette illusion, mais maintenant que le bout de la route approche, je me rends compte de la fatuité de cette idée. Certes, il ne faut pas toujours penser à la mort, mais bien comme Hermano et les différents intervenants dans les commentaires le disent, bien employer sa vie. C’est ça le principal. Essayer aussi de laisser quelque chose pour la postérité. L’écriture peut être une solution, mais je trouve qu’aligner d’une façon harmonieuse des pavés est aussi quelque chose de difficile et fabuleux. D’ailleurs souvent je me suis arrêté dans la rue pour voir les paveurs aligner avec précaution leurs pavés. J’aurais été bien incapable d’en faire autant.
Mais il y a mille autres façons de rester à la postérité. Cela reste pourtant difficile, tout le monde ne peut pas être l’artiste qui a dessiné des aurochs sur les murs de sa caverne ou Léonard de Vinci. D’ailleurs, à quoi sert de rester à la postérité ?
Pour faire plaisir à Hermano qui affectionne justement Montaigne je citerai un autre de ses admirateurs André Comte-Sponville, philosophe : « La mort ne peut plus me prendre qu’une partie de ma vieillesse, et sans doute pas la plus intéressante »et “Évitons que la peur de la mort l’emporte sur l’amour de la vie”
Voilà pourquoi je ne veux pas faire de commentaire. Quand je lis les vôtres, je ressens cette culture que je n’ai pas cette sagesse et ce recul qui me manque. Mais grâce à vous j’apprends et me délecte de vos phrases et de vôtres éruditions. Merci Hermano, Loki et Chamans. Vous commencez à m’ être indispensable. Voilà, cette transmission, c’est l’éternité et dans transmission, il y a mission.
Ne fais aucun complexe Gibert ! Tes commentaires et tes écrits sont aussi nécessaires et aussi intéressants que les nôtres…
Quant à la culture que tu nous prêtes, elle ne remplacera pas l’imagination qui est la seule qui permet d’innover !
Et pour terminer sur une note humoristique (le rire est aussi nécessaire l’oxygène), je reprendrai une maxime bien connue.
La culture, c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale !
Et pour être plus philosophique : la culture, c’est ce qui reste, quand on a tout oublié !
Eh bé ! comme on dit chez moi, ça secoue là-dedans !
Merci pour toutes ces réactions.
@Loki : je ne suis pas sûr que tu aies lu l’article sur Montaigne jusqu’au bout. Il dit, entre autres : “Il nous faut, dit-il, penser sans arrêt à la mort afin de s’en accoutumer et donc d’y être prêt. Même au milieu de nos plus grands moments de joie, gardons notre mort à l’esprit. Il est incertain où la mort nous attend, attendons-la partout“. et “Je veux qu’on agisse et qu’on allonge les offices de la vie tant qu’on peut, et que la mort me trouve plantant mes choux, très nonchalant d’elle et encore plus de mon jardin imparfait“. Cela n’a pour moi aucun caractère obsessionnel, cela veut dire qu’il faut considérer la mort comme quelque chose de naturel et qui fait partie de la vie, attitude qui permet, je crois, de dédramatiser la chose.
@Gilbert : Comme te le disent Loki et Chamans, pas de problème. On n’est pas ici à l’Acamédie française, où d’ailleurs on se ferait probablement un peu chier. On n’est pas là pour étaler sa culture, mais chacun dans ses commentaires peut faire référence à la sienne pour s’exprimer et se faire comprendre. Qu’il s’agisse de Montaigne ou de la pose d’un carrelage, peu importe. Il s’agit de commenter en disant pourquoi on a apprécié ou pas un texte, de donner ses propres raisons. C’est cela que nous demandons ici pour que les échanges aillent au-delà de “J’aime” ou “J’aime pas” et pour montrer à chaque auteur qu’on s’intéresse à ce qu’il a bien voulu nous offrir. Voilà.
Vous savez que je suis un fan de ChatGPT : je viens de voir qu’il corrige nos fautes de frappe, d’orthographe ou de ponctuation bien mieux que n’importe quel correcteur. Il n’y a qu’à demander ! N’abusez pas cependant en lui demandant de faire tout le boulot d’écriture !!! 🙂
A propos de pavés…
Une rue à Pompéi, datant de 79 après JC. Les petits cailloux blancs, appelés « yeux de tigre », ont été insérés pour refléter le clair de lune, agissant comme des lampadaires naturels, pour aider les gens à marcher dans la rue après le coucher du soleil.
Effectivement Loki tu as raison. Ces pierres blanches servaient a éclairer les routes surtout pour les conducteurs de char mais ce ne sont pas des yeux de tigre, pierres semi-précieuses qui été utilisés plutôt en joaillerie mais des éclats de marbre blanc poli. Aujourd’hui certains appellent ça yeux de chat bien que ce terme soit anachronique. Mais bon, Tigre ou chat, se sont des félins. Il n’y a que le prix qui change. Les pavés quant a eux étaient majoritairement en pierres volcaniques comme c’est encore le cas en Sicile côté Adriatique. N’oublions pas que Vésuve et Etna sont frères. 🙂