Ramenez moi là-bas où la vie était douce,
Là où les jours étaient lumineux et si lents,
Les nuits chaudes et brûlantes parfumées de laurier.
Ramenez moi là où, allongé sur le sable
Je voyais dans le ciel passer des oiseaux blancs.
Je tenais là, le temps prisonnier dans ma main
Il s’était arrêté, sans quête de demain.
De longues filles noires, longues robes de voile
Passaient sans nous savoir en se tenant la main
Leur élégance rare, leurs robes chamarrées
Et leurs visages fins transcendaient leur beauté.
Leur sourire cachait une douleur profonde
On a volé leur vie, leur amour, leur passion
Au nom d’une inhumaine, barbare tradition,
Elles n’auront à jamais du plaisir l’émotion.
Je veux revoir ces filles, leur beauté séraphique,
Au port de tête altier et aux membres si frêles
Marchant si lentement, belles et noires gazelles
Au beau regard de jais, à l’âme énigmatique.
Je garde en mon âme l’image de leur tristesse
Éclairée par tout l’or qui habillait leur corps.
Je revois leur démarche, lente, pleine de noblesse
Rythmée tout en douceur par leur hanches ondoyantes.
Filles au regard fier, à l’ombre étincelante
Qui, la porte franchie, illuminaient leur bouge
Vendant dans la douleur leur corps souillé de rouge.
Ramenez moi là-bas, ou les grands flamands roses
Au bord d’un lac lunaire s’envolent et se posent.
Là ou des boutres lents, sillonnent la Mer Rouge
Voiliers larges et obèses aux flancs azur et rouge,
Voguant jusqu’à Aden sous leur voile en triangle
Ventre chargée de kat de dattes et de mangues.
…Ramenez moi là-bas où des filles sont belles,
Mais pleurent leur désir parti à tire d’ailes.


J’applaudis à “Passaient sans nous savoir”
Et j’incline à”Mais pleurent leur désir parti à tire d’ailes “
De la poésie tellement de haut vol que j’en frissonne encore…
Je lis et relis avec autant de saveur qu’avec du Baudelaire
Chapeau,l’artiste!
Bienvenue ClaudeLougarou !
Moi aussi je trouve ton texte magnifique !
Et que dire de la photo qui l’illustre. Elle transcende ton récit.
À ce niveau je regrette que certains auteurs de prennent pas le temps et la peine d’associer, quand c’est possible, une photo ou une image qui ajouterait « un plus » à leur texte.
Ton texte dépasse le simple poème de voyage ou le regret du temps passé. C’est un vibrant réquisitoire contre la condition faite à ces femmes.
Ce poème est une évocation nostalgique et contrastée d’un ailleurs, probablement situé dans la corne de l’Afrique ou au bord de la mer Rouge (comme l’indiquent les mentions d’Aden, des boutres et du kat). Le texte se structure autour d’un va-et-vient douloureux entre la beauté idyllique des paysages et la tragédie humaine des femmes qui y vivent.
Il est aussi la dénonciation d’une violence invisible.
Le traumatisme de l’excision : les vers « Au nom d’une inhumaine, barbare tradition / Elles n’auront à jamais du plaisir l’émotion »
Et la prostitution : l’illusion de noblesse se fracasse contre la réalité sociale du « bouge » (un lieu sordide). Le vers « Vendant dans la douleur leur corps souillé de rouge » associe la souffrance à la perte de dignité, faisant écho à la Mer Rouge qui borde ce décor.
Merci ClaudeLougarou de m’avoir transporté dans ces lointains pays dont l’évocation en 2026 n’a rapport qu’avec la guerre…
Tanagra & Loki
Merci beaucoup pour votre retour. J’ai été très sensible à vos commentaires. C’est vrai j’ai gardé une nostalgie de ce pays (Djibouti), et de ces femmes Afar magnifiques qui ont souffert dans leur chair et continuent de souffrir. Heureusement cette révoltante “tradition” à tendance à disparaître petit à petit, mais pas assez vite. L’objectif serait mutilation zéro à l’horizon de 2030 grâce à aussi celles qu’on appelle “les Femmes Courage” qui luttent pour la défense des femmes et des enfants. Le gouvernement de Djibouti et la première Dame luttent sans cesse contre l’excision et l’infibulation. C’est un pays dur mais très beau qui jouit à présent d’une stabilité politique, excepté peut être sur les frontières avec l’Érythrée et la Somalie. Merci encore.
Bravo à vous pour ce magnifique texte. Des souvenirs qui rejaillissent du passé très bien exprimés. J’ai bien aimé vous lire. Poème bien illustré. Belle journée. Clémentine
Merci Clémentine, c’est très gentil. Oui, c’est vrai, de très vieux souvenirs qui remontent à l’époque ou j’étais dans l’armée à Djibouti. Si cela vous intéresse vous aurez l’occasion d’en lire d’autres sur le même sujet. Merci encore