Dans ce pays, tout danse à l’envers,
Le vrai se travestit, le faux est sincère.
Les menteurs ont des trônes, des palais dorés,
Les honnêtes s’effacent, bâillonnés, brisés.

Les mots n’ont plus de poids, ils flottent, ils glissent,
Ce qui hier était crime, aujourd’hui est justice.
On crache sur l’éclat d’un esprit trop vif,
Mais on couronne les rois aux discours fictifs.

Regarde-les, ces ombres haut placées,
Vides d’idées, pleines de vanité.
Ils parlent, ils rient, ils tranchent, ils jugent,
Sans rien comprendre aux lois qu’ils infligent.

Le savant attend, le génie mendie,
Pendant que l’imbécile réécrit la vie.
Là-bas, on récompense l’ignorance féroce,
Et on punit la lumière d’une pensée trop forte.

Tu sais trop de choses ? Alors tu déranges.
Tais-toi, baisse les yeux, change de langage.
Ici, l’esprit libre est un criminel,
Un traître, un fou, un rebelle infidèle.

Oh, comme ils brillent, les imposteurs !
Comme ils jouent bien leur rôle d’empereur !
Ils rient en privé de leurs propres discours,
Mais exigent qu’on y croie sans détour.

Le peuple s’incline, le peuple encaisse,
L’espoir se dissout dans l’oubli des promesses.
Ils chantent la réussite, la gloire, l’essor,
Mais seuls leurs comptes en banque prennent de l’essor.

Ici, la vérité a changé de visage,
Elle rampe, elle tremble, elle vit en otage.
Le mensonge, lui, trône en habit royal,
Fêté, applaudi, indélogeable.

Et quand l’horizon semble enfin s’éclaircir,
Qu’un juste s’élève, prêt à agir,
On le traîne dans la boue, on le salit,
On l’accuse, on le brise, on le détruit.

Ainsi tourne la roue du grand théâtre,
Les rôles s’échangent mais l’histoire s’attarde.
Les rois restent rois, les esclaves se taisent,
Dans ce pays où le mensonge est la règle.

Mais un jour, peut-être, un vent soufflera,
Balayant la cendre, effaçant l’état.
Et sous les ruines du règne inversé,
Renaîtra enfin la vérité.