L’enfant dormait, sa petite tête blonde posée sur l’oreiller. C’était une petite fille, remuant ses paupières montrant qu’elle était entrée dans une phase de rêve.
C’était aussi le moment pour la fée Rébentine d’intervenir. Les fées interviennent tout au long de la vie des hommes. Elles sont là à leur naissance, les bonnes et les mauvaises, étoffent les rêves surtout des jeunes, car les adultes perdent en vieillissant leur spontanéité, jalonnent les contes et les légendes qui sont leurs terrains de prédilection. On les soupçonne de donner parfois un coup de main aux anges gardiens quand ils ont des problèmes.
La petite fille rêvait qu’elle était dans sa chambre et que toutes ses poupées avaient disparu.
Eh oui ! Les rêves ne sont pas toujours roses…
La fée Rébentine apparut dans un éclair de lumière. Delphine ne pas sembla surprise. Il faut remarquer que les enfants ont la faculté de trouver normaux les phénomènes les plus inattendus.
- Bonjour petite fille ! Je suis une fée !
- Ben oui ! Je vois bien que tu n’es pas une mouche !
La fée Rébentine était consciente de l’évolution des enfants du 21e siècle que plus rien n’étonnait, pourtant à chaque fois cela l’attristait. Cela faisait des siècles et des siècles qu’elle hantait avec ses consœurs l’univers des hommes et elle était habituée à l’émerveillement que ses apparitions engendraient. Maintenant tout cela était fini, les fées avaient tant de concurrence dans l’univers des enfants que le merveilleux s’était banalisé.
Cachant sa déception la fée Rébentine proposa :
- Delphine, que veux – tu que je fasse ?
Elle fut estomaquée quand la petite fille répliqua :
- Dessine-moi un mouton !
- Te dessiner un mouton ? Ne préfères-tu pas qu’avec ma baguette magique, je te fasse apparaître un mouton, un joli petit mouton ?
Delphine répondit en bougonnant :
- Si tu veux, un mouton ! Mais un mouton avec des yeux bleus et des oreilles roses…
- Pas de problème, la fée Rébentine peut tout faire !
La fée leva sa baguette magique et prononça la formule magique qui devait exaucer le vœu de Delphine.
Abracadabra !
Rien n’apparut !
Abracadabra !
Toujours rien !
Exaspérée, la fée Rébentine frotta plusieurs fois sa baguette magique sous sa manche.
Il faut croire que cette action n’est magique que pour les cartes bancaires rétives, car malgré l’énoncé plusieurs fois, à haute voix, de la formule magique rien n’apparut…
Devant la mine désappointée de la fée, Delphine qui n’était pas une méchante fille lui dit, en lui tendant un crayon :
- Ton truc ne marche pas, ce n’est pas grave ! Dessine-moi un mouton !
La fée Rébentine s’exécuta. Le résultat ressemblait plus à un gribouillis qu’à un mouton…
Devant la mine désappointée de la petite fille, la fée préféra disparaître discrètement.
Un accident de parcours cela arrive ! Le problème c’est que la panne de la baguette magique se reproduisit…
Dans un conte qu’un père lisait à son fils, la fée Rébentine devant transformer un affreux crapaud en un beau et jeune prince échoua et la jeune fille embrassa, avec horreur, l’horrible batracien.
Dans une légende du Caucase, elle échoua à doter le cheval d’un intrépide cavalier d’ailes magiques lui permettant de survoler le champ de bataille. Sa tête vola sous le coup de sabre d’un cavalier ennemi.
Désespérée, la pauvre fée prit contact avec sa hiérarchie.
Elle n’était qu’une fée de quatrième catégorie, les promotions étant obtenues au nombre d’exploits réalisés. Son avancement allait être largement compromis. Et pas la peine d’espérer l’aide d’un quelconque syndicat, la confédération des fées étant un bloc monolithique strictement hiérarchisé. À la tête de celui-ci des fées largement reconnues : les fées Carabosse, Mélusine…Les têtes pensantes conseillèrent à la fée Rébentine d’aller faire examiner sa baguette magique. Si l’outil ne fait pas l’artisan, il y contribue largement. Une panne de l’engin pouvait expliquer les incidents.
Elle alla donc voir la fée Bricole, une vieille fée dont l’expérience technologique féerique n’était plus à démontrer.
Ayant pris l’objet supposé défectueux en main la vieille fée le dirigea sur le concombre dont elle voulait faire son repas et après avoir prononcé la formule adéquate, elle le transforma en une hirondelle qui s’empressa de s’envoler.
- La baguette magique fonctionne parfaitement bien, c’est toi qui ne sais pas t’en servir ou alors on t’a jeté un sort…
Elle haussa ses épaules et renvoya la malheureuse fée de quatrième catégorie vers l’IGSS.
Je vois que vous vous interrogez ! Qu’est-ce que l’IGSS ? L’IGSS est l’acronyme de l’inspection générale des services surnaturels. Elle est chargée d’enquêter dès que survient quelque chose de pas naturel dans le monde surnaturel. Elle a donc compétence sur le monde des fées, mais aussi sur le monde des sorciers, des farfadets, des trolls, etc.
Le chef de l’IGSS le sorcier Bœufcarottes interrogea la pauvre fée rébentine.
En pleurant, elle avoua qu’elle était victime d’un racket.
Elle avait rencontré récemment le vilain sorcier Graudedégeulasse qu’il avait menacé de la transformer en limace si elle n’acceptait pas de lui obéir. Eh oui ! Même dans le monde surnaturel il existe des pédoféephiles…
Elle ne voulut pas céder aux exigences de l’affreux sorcier et s’enfuit en se métamorphosant en courant d’air. Elle joua la fille de l’air, ce qui n’a rien à voir avec « s’envoyer en l’air ».
Graudedégeulasse jeta un sort à sa baguette magique.
Trop timide, elle ne voulut jamais se confier aux autres fées.
Le chef de l’IGSS n’était pas un comique ! Même dans le monde des fées, des sorciers et des lutins, il y a des lois ! Il est interdit de les enfreindre.
Il convoqua Graudedégeulasse et il ne lui laissa même pas le temps de s’expliquer, il le transforma en un étron.
Des mouches immédiatement se précipitèrent sur ce délicieux repas.
C’est ainsi qu’il disparut de la surface de la Terre et la fée Rébentine retrouva l’usage de sa baguette magique.
Il y a une certaine morale dans le monde surnaturel.


Ahaha conte tres drôle jusqu’à la chute! Bravo. Je recommande à tout age puisqu il semble que plus on vieillit plus on aime les contes.( derision?)..peut etre que le ” dessine moi un mouton” demanderait une precision sur la caisse dessinee par Saint Ex..
Je me demande si tu l’as écrit avant ou après l’anisette !?
Quelle belle imagination ! Mes respects pour ce conte que j’ai vraiment pris plaisir à lire !
Une histoire délectable. avec une fin heureuse mais un petit coup de griffe aux contes de fées un peu gnangnans. Démystification gentille mais démystification tout de même, avec humour : le choix des noms, les mésaventures liées à la panne de baguette, la société des fées qui n’a rien de merveilleux, comme la nôtre…
Un incident technique, en effet : Je crois que la fée a retrouvé les pouvoirs de sa baguette
en même temps qu’elle a retrouvé une syllabe… Magique !