Derrière la maison de vacances, un grand jardin s’étendait. Posté, au centre, un chêne noble. Il était haut. Bien plus que moi. Bien plus que mon père.
D’un accord silencieux, on l’appelait L’arbre des enfants. Nos gambettes escaladaient les branches, et on s’asseyait sur l’une d’elles, faisant fendre l’air de nos petites bottes.
Quand j’étais adolescente, Il a été rebaptisé l’arbre aux secrets. De la fenêtre, on voyait les adultes se disputer, leurs lèvres remuées bien trop fort. Des fois, ils s’embrassaient. D’autres, ils gloussaient. Quelques fois inattendues. Ma mère, un ami, cachés derrière le chêne. On ne savait jamais ce qu’ils se disaient.
Puis, un jour, j’étais adulte. C’est devenu l’arbre des confidences. Désormais, je gardai les secrets. Et les petits nous observaient par la baie vitrée. Sans doute que, pour eux, ce fut toujours l’arbre des enfants. J’ai compris ce que les grands y faisaient, avant. J’y est été avec des copains. Des amis. Des amis qui sont devenus des copains. On s’est beaucoup enlacés, on a beaucoup ri, et parfois on s’est disputés. Nos lèvres remuaient, et on se cachait.
Puis j’ai grandi. L’arbre, lui, a rétréci.
Un matin, alors que j’étais encore adulte, ils l’ont coupé.
Pour épurer nous ont-ils dit.
Moi je pense qu’il avait trop bien vieillit. Mieux qu’eux. Et que c’était leur coeur, leurs fautes, leurs secrets, tout ce qu’ils avaient fait, qu’ils voulaient épurer.

Bienvenue Guillet !
Ah le chêne ! Cet arbre mythique qui ne sert pas seulement à accrocher des pendus…
Saint-Louis rendait la justice à ses pieds, le tien cristallise tous tes secrets.
Je comprends ta douleur quand il a été abattu, j’ai ressenti la même et j’en parle dans ma nouvelle « mon arbre ».
Bonjour. Oui je comprends et ressens ton histoire avec ce compagnon arbre. Un arbre à secrets.. On decouvre aujourdhui que les arbres communiquent…quelle belle decouverte. Ils nous aident à nous “tenir”. Celui de Loki, un arbre de vie . Les miens etaient un un grand pin et un cèdre entrelacés. L un des deux est parti. A écrire un jour. Merci pour ce texte.
Un expression originale, mais aussi tellement juste et sensible de ce qu’est un arbre vénérable.
Un arbre qui en a tant vu et qui en aurait tant à raconter.
Une conclusion en forme de morale qui convient bien au reste de ce texte, je trouve.
Merci pour cette lecture. J’ai dû en abattre un ou deux, des chênes, mais j’en ai replanté deux fois plus !
Une suggestion : J’y est été –> J’y ai été ou plutôt –> J’y suis allée
(ou peut-être s’agit-il d’un régionalisme comme : “nous sommes été à Paris” 🙂 ?)
“J’étais encore adulte…” Je suppose que l’auteure l’est toujours… alors pourquoi pas “alors que j’étais déjà adulte...” ?