La faute au silence
C’est la faute au silence
Si ça part en vrille sous les préaux
Si les vidéos dégueulasses se balancent
Si ça fait le buzz sur les réseaux
Ça fait rire les débiles
La débilité est devenue une science
Que l’on cultive quoi de plus facile
Puisque le virtuel n’a pas de conscience
C’est toujours la faute au silence
C’est la faute au silence
Si j’ai la rage dans mon stylo
Si l’histoire s’écrit en rouge intense
Si mes mots ne trouvent pas d’écho
C’est la faute au silence
Si l’on sacrifie le plus faible au pilori
C’est la faute au silence
Si dans ton coin tu n’as rien dit
Bien sûr cela ne te regardait pas
Quand on blessait le plus fragile le plus petit
Ton regard de lâche tourné vers le bas
Si tu parles fais gaffe à ta gueule à la sortie
On va s’occuper de ton cas
Te faire jurer je n’ai rien dit
Tu fais partie de la moyenne
De ces petits fier- à- bras les bras ballants
Qui commentent et se mettent en scène
Montrent leurs nouvelles Nike leurs vêtements
C’est toujours la faute au silence
C’est la faute au silence
Si les salauds s’unissent
Si les avions s’élancent
Vomissent leurs bombes leurs immondices
Et puis le silence verse une larme
Dans le chaos des villes meurtries
Silence de mort au dessus de la trame
Un chien aboie un enfant crie
Sous la grande voute du silence
Les lâches les veules se terrent
Ce n’est pas parce que l’omerta est leur conscience
Que l’on est obligé de se taire
C’est la faute au silence
Si j’ai la rage dans mon stylo
Si l’histoire s’écrit en rouge intense
Si mes mots ne trouvent pas d’écho
C’est la faute au silence
Si les murs restent muets
Si les bleus au cœur en souffrance
Se mêlent avec les bleus du corps tuméfié
Tu passes un baume sur ton visage
Pour cacher les coups de ton compagnon
Et le silence tourne la page
Par des promesses des pardons
Et puis un soir l’alcool fait naître
Haine insultes pétage de plomb
Ta tête heurte le coin du meuble en hêtre
Dans le silence éternel tu viens écrire ton prénom
C’est la faute au silence
Si j’ai la rage dans mon stylo
Si l’histoire s’écrit en rouge intense
Si mes mots ne trouvent pas d’écho
C’est toujours la faute au silence
C’est toujours la faute au silence

Un poème d’une grande puissance, qui prend aux tripes pour nous confronter à nos petites et grandes lâchetés.
Tout cela est tellement vrai, ces silences tellement honteux.
Tout cela qu’on pousse sous les tapis pour essayer de ne plus y croire et pour ne plus y penser, après avoir décroché quelque temps notre miroir.
Merci vraiment pour ce texte qui n’est pas sans me rappeler le discours bien connu du pasteur Martin Niemöller :
https://encyclopedia.ushmm.org/content/fr/article/martin-niemoeller-first-they-came-for-the-socialists
S’il vous plait, pouvez-vous nous indiquer votre nom ou votre pseudo qui a échappé aux sentinelles de notre site, comme cela arrive parfois… Je pourrai ainsi vous l’attribuer. Encore merci.
Comme @Hermano je trouve ce poème d’une grande puissance, qui prend aux tripes pour nous confronter à nos petites et grandes lâchetés. Sa structure est agréable à l’oreille.
On ne peut qu’être d’accord avec ce poème qui s’insurge sur l’indifférence !
Néanmoins, on peut s’interroger sur le soi-disant silence et indifférence de nos concitoyens.
Ce n’est pas le premier texte de ce genre, de chansons et de pétitions à ce sujet.
Mais que font les auteurs de ces diatribes ?
Il continue à utiliser leur téléphone, leur poste de télévision, leurs écouteurs, etc. En sachant que les terres rares qui ont été utilisées ces technologies proviennent de pays qui exploitent leurs ouvriers, souvent des enfants, polluent l’environnement.
Les Français sont-ils coupables d’oublier qu’une grande quantité de vêtements qu’ils portent sont fabriqués en Asie, par des ouvriers, sous-payés, des femmes et des enfants ?
Quand une majorité de Français ne peut se payer une voiture électrique et continue d’utiliser leur voiture thermique, pourquoi leur en vouloir ?
Pourquoi culpabiliser nos concitoyens qui en majorité travaillent, durement pour assurer leur subsistance ?
En quoi une majorité d’hommes normaux sont-ils responsables des féminicides et des pervers ? Être un homme est donc devenu une tare ?
Que peut faire la caissière de supermarché, l’aide-soignante ou l’aide à domicile, l’ouvrier qui passe ses journées à défoncer la route avec son marteau-piqueur, et qui détruit peu à peu ses articulations ?
Et tous les autres moins démunis, mais aussi besogneux ?
Sont-ils responsables de toutes les injustices de la terre ?
Ce n’est pas de l’indifférence, mais de l’impuissance.
Il faut vraiment être inconscient et idéaliste, pour ne pas avoir compris que le monde est régi par des capitalistes dont le seul objectif est de faire du profit.
Tout le monde n’est pas Émile Zola et ne peut écrire un article comme « J’accuse ».
C’est plus simple d’écrire un texte vengeur et exalté que de passer à des actes…
Tout le monde n’est pas le pasteur Martin Niemöller, le pasteur Luther King, le docteur Schweitzer, et tous ces héros qui au sacrifice de leur vie, se sont opposés à l’injustice.
Ce que l’on qualifie d’indifférence n’est-il pas pour chaque individu, dans sa solitude, un moyen de surmonter les difficultés de la vie ?
Les lâches ne sont pas à chercher dans le petit peuple, mais bien dans les industriels et les hommes politiques qui ont le pouvoir de changer les choses et qui ne font rien, non pas par indifférence mais par profit.
Je demande qu’on m’excuse de m’emporter de la sorte, mais parfois il faut rétablir les choses…
Texte intense, un cri du coeur me semble-t-il, qui épingle nos petites ou grandes lâchetés. Cela fait du bien de sortir parfois du silence par un texte percutant. Il en faut pour tenter de nous enlever à un avachissement sans doute coupable mais tellement commun. J’ai moi-même écrit une courte nouvelle allant un peu dans le même sens (Au pied du mur) et je m’apprête à publier le texte d’une chanson (Coltan) écrite il y a déjà une quinzaine d’années.
Je rejoins cependant Loki, la misère du monde n’est pas seulement, peut-être même pas essentiellement due à notre silence, comme il le dit la culpabilité est en grande partie ailleurs.
Merci, en tout cas, pour ce texte senti et puissant.
Ce texte est très fort . Il nous force à repenser, à reconsidérer notre place, notre attitude
dans le monde.
M’étant déjà bien, trop, questionnée, voire culpabilisée, je rejoins l’avis de Loki (et je comprends ta colère…),
je me sens impuissante à intervenir dans les mouvements violents, injustes, dingues de notre monde.
C’est très loin de l’indifférence ; regarder les nouvelles, c’est déjà une épreuve ; je pense qu’il ne servirait à rien
de sacrifier mes activités à me ronger au sujet de l’état du monde.
J’essaie de trouver un équilibre entre la prise de conscience et les activités de la vie qui me plaisent.
( je manque d’ailleurs de temps pour écrire).