Je vois les souvenirs de mes anciennes vies.
Je sais l’éternité, pourquoi je n’ai pas d’âge.
Je vois toutes mes morts, et voilà qu’aujourd’hui
Je sais mes lâchetés, mes excès de courage.
Mais toutes ces pensées ne sont que dans ma tête.
Ces anciens souvenirs sont-ils pure invention ?
Je me sens plus serein, sans rêves je végète.
Je veux croire en ces vies, volonté et passion.
Bien sûr, ma coupe est vide, alors je la remplis.
Des univers entiers résonnent au fond de moi.
Ils existent, ils sont là et comblent mon esprit,
Mon imagination, sans contraintes ni lois.
Les douleurs ne sont rien, qu’un moment qui s’enfuit.
Il ne reste que soi, nourri de cicatrices.
L’âme à jamais repue, qui fait ce que je suis,
Que ces douces errances jamais ne se tarissent.
Et je vois ce bateau où j’étais capitaine.
Je me vois moitié nu et chassant le bison.
Je suis aussi seigneur, dominant mon domaine,
et condamné à mort, pleurant dans sa prison.
Je vois loin, je respire, je veux de tous qu’un seul.
Je suis un magicien et le seul spectateur.
De ces vies magnifiées à ces tendres linceuls,
Car de ces existences, je suis le créateur.
Quand je ne serai plus, j’existerai ailleurs,
Dans un monde inventé, il est là, je le sais,
Puisque je l’ai créé en le rendant meilleur.
Voila ma vérité et ma réalité.
Gilbert, corrigé par Hermano.

Salut Gilbert
Ton poème est assez déroutant, passant de l’ombre à la lumière (ce que j’adore faire en général !).
Tu explores avec sensibilité la frontière entre mémoire, imagination et quête d’identité.
Tu évoques des « anciennes vies » tour à tour héroïques, tragiques ou élevées,
tu te construits des personnages plus ou moins mythiques.
Et comme tu l’évoques vers la fin du poème :
”De ces vies magnifiées à ces tendres linceuls,
Ces multiples existences, je suis le créateur.”
Aussi tu donnes sens à tes émotions, tes cicatrices et tes forces mêlées.
La fin s’ouvre sur une idée rassurante, une existence qui se prolonge dans les mondes que l’esprit crée,
faisant de l’imaginaire un refuge cosmique.
Ton poème, je dois dire m’a surpris et m’a fait voyager.
Bravo à toi, c’est une petite pépite, tu peux être fier de toi !!
Pat
J’avoue que j’aime beaucoup l’idée de ce poème, des flashes-back et des replays qu’on conserve comme des trésors, qu’on romance à loisir pour s’en bercer jusqu’à la dernière heure.
Mais ce n’est pas tout : il est très bien écrit, bien cadencé en strophes dont le rytme de chaque vers est bien étudié, comme tu le suggérais dans tes conseils pour écrire une chanson, avec ces coupures à l’hémistiche que tu maitrises parfaitement.
Respect donc, cher Gilbert.
Pourtant, il y a quelques petites choses qui me dérangent un peu et pour lesquelles j’aimerais de faire des suggestions.
Je fais cela très rarement cela, uniquement quand le poème me plait énormément et c’est le cas ici.
Je ne voudrais pas être pris pour un donneur de leçons, et personne n’est tenu d’adhérer à ces remarques. Je préfère le dire tout de suite.
Par ailleurs, je dois dire que ce n’est pas parce que je trouve quelques petits trucs à relever par ci par là que je suis moi-même capable d’en faire autant. Comme je le dis souvent : ce n’est pas l’entraineur qui tire les penalties, il ne sait pas forcément faire, mais il donne son avis.
Alors, après tous ces préalables, voilà mes remarques et suggestions (en bistre) et mes explications (en vert) :
Je vois les souvenirs de mes anciennes vies.
Je sais l’éternité, pourquoi je n’ai pas d’âge.
Je vois toutes mes morts, et pourquoi aujourd’hui et voilà qu’aujourd’hui plus fluide à prononcer que « quoi au » et répétition pourquoi pas nécessaire ici pour moi
Je sais mes lâchetés, mes excès de courage.
Mais toutes ces pensées ne sont que dans ma tête.
Ces anciens souvenirs sont que pure invention ? sont-ils pure invention ?
Je me sens plus serein, sans rêves je végète.
Je veux croire en ces vies, volonté et passion.
Bien sûr ma coupe est vide, alors je l’ai remplie. je la remplis ou ma coupe était vide alors je l’ai remplie problème de concordance des temps
Des univers entiers résonnent au fond de moi.
Ils existent, ils sont là, ils comblent mon esprit. et comblent mon esprit, ? avec une virgule et pas un point…
Mon imagination, sans contraintes ni lois.
Les douleurs ne sont rien, qu’un moment qui s’enfuit.
Il ne reste que soi, nourri de cicatrices.
L’âme à jamais repue, c’est ce qui me construit. Un peu trop technique, je trouve
Malgré la douce errance si mystificatrice. 5 syllabes, trop pour moi, donc un peu lourd peut-être
Et je vois ce bateau où j’étais capitaine.
Je me vois moitié nu et chasser le bison. et chassant le bison discordance dans la syntaxe, il me semble
Je suis aussi seigneur, dominant mon domaine.
Ce condamné à mort pleurant dans sa prison. Et condamné à mort, … en mettant une virgule au vers précédent
Je vois loin, je respire, je veux de tout qu’un seul. je ne comprends pas
Je suis un magicien et seul spectateur. et le seul spectateur
De ces vies magnifiées à ces tendres linceuls,
Ces multiples existences, je suis le créateur. De ces existences, …
Quand je ne serai plus, j’existerai ailleurs
Dans un monde inventé, qui ne peut qu’exister prononciation difficile et répétition (exister), mais je n’ai rien à proposer
Puisque je l’ai créé en le rendant meilleur,
Il est bien quelque part, dans cette immensité. Pourquoi pas, mais je suis pas fan (“Il est bien quelque part” un peu trop concret ?) et je n’ai pas de proposition !
Et je crois qu’il faudrait probablement réviser les points et virgules à la fin des vers. Pas toujours nécessaires et pas toujours bien utilisés (pour moi).
Encore une fois, ce n’est que mon point de vue et je me le permets car je trouve ce texte vraiment excellent.
Mais il faut bien sûr voir si d’autres avis concordent… ou pas.
Eh bien, voilà Hermano ce que j’attendais depuis le mois de Mai, lorsque je me suis inscrit sur ce site ! Des critiques constructives qui vont me permettre de m’améliorer. Je te remercie sincèrement d’avoir accordé du temps à ce poème. Je prends note de tes remarques et je suis d’accord avec toi.
Je peux juste t’expliquer “je veux de tout qu’un seul” : dans la Kabbale, Dieu a plusieurs noms en fonction de ses actions. L’idée, peut-être un peu présomptueuse, est de considérer que ces personnes que j’imagine (le capitaine, le seigneur dans son domaine, le condamné à mort… et bien d’autres) sont moi dans différentes situations, à l’image d’un Dieu créateur.” Je suis celui qui est”. Chaque personnage n’est qu’une partie de moi. C’est une des raisons qui me font apprécier d’avantage les textes à la première personne.
Je pense que j’aurais dû écrire “je veux de tous qu’un seul”. Ou bien, il est fort possible que je n’aie pas suffisamment de culture pour exprimer concrètement mon ressenti émotionnel, tout ce qui bouillonne en moi et qui frappe à la porte de mes doigts.
Dans tous les cas, je te remercie encore et j’espère que tu auras la gentillesse de faire la même chose sur mon prochain poème.
Sincère amitié.
PS : Tu peux éviter les préambules et les “gants”. Tu devrais savoir qui je suis. Venant de toi, je ne sens que bienveillance.
Je sais que tu sais que je sais ! 🙂
je veux de tout qu’un seul
Il me semble que “que” doit s’utiliser avec “ne” (ne…pas, ne… plus, ne… jamais, ne… que) et que, syntaxiquement, il serait plus correct d’écrire “je ne veux de tout qu’un seul” ou “je ne veux de tous qu’un seul”.
Mais, bien sûr, il y a la licence poétique !
J’ai bien compris ton idée, alors je propose “en moi, tous en un seul” “je veux tous en moi seul” ? Sans trop de conviction cependant ! 🙂
Bonjour Hermano.
En cette matinée glacée par un Mistral si cher aux Provençaux (Mistral de m…) 🙂 , je tiens encore à te remercier de ton intérêt et de ton aide. Je vais corriger ce poème en prenant en compte toutes tes remarques. Si tu le permets, je signerai : « Gilbert, corrigé par Hermano. » Bonne journée.
Très honoré, Gilbert. Mais, tu sais, c’est gratuit et je ne revendique aucun droit d’auteur !
À charge de revanche.
Les différentes facettes d’une riche existence couchées en un poème d’un grande puissance, animé d’un souffle épique.
“Et je vois ce bateau dont j’étais capitaine” ce vers avec son rien de nostalgie me fait penser à la chanson de Gilles Vigneault intitulée “Si les bateaux” :
Si les bateaux que nous avons bâtis
Prennent la mer avant que je revienne
Cargue ta voile, aussi la mienne
Fais comme si, fais comme si
Nous en étions toujours les capitaines
Nous en étions toujours les capitaines
La vie passe et nous laisse les couleurs d’un tableau que nous réinventons aux teintes de ce que nous avons vécu.
Merci Chaman pour ce commentaire. Je me souviens de Gilles Vigneault, d’une de ses chansons dont les paroles étaient “tout le monde est malheureux … tout le temps” ou quelque chose d’approchant. J’étais jeune alors et j’adorais sa façon de dire “tout l’temps” avec son accent québécois.
Ces mondes inventés ne sont que le fruit de mon imagination. Mais pour moi, ils existent. J’imagine parfois que lorsque je m’endors, je vais vivre d’autres vies. Les quelques bribes de souvenirs de mes rêves deviennent ainsi réels.
Pourquoi me prendre la tête avec tout ça ? J’ai bien assez de soucis dans cette vie-là ! 🙂