Trois, non peut-être quatre marins, montés sur un char à voile, ou un train à voile descendaient vers la mer.
Le premier affublé d’une casquette de baseball, comme pour se protéger de la chaleur du soleil ;
Le second avec son bonnet enfoncé jusqu’aux yeux ;
Le troisième, coiffé de son bâchi faisait le fier : il en était de la Royale. Personne n’osait lui toucher son beau pompon, bien que cela porte chance ;
Le dernier, enfin, avait juste une visière pour protéger ses lunettes de la pluie.
Ils finiront sans doute comme le Radeau de la Méduse, à s’enfoncer tout doucement dans la mer, ou serviront de modèle à un Dali sans imagination.
Aucun ne parlait. Pourtant Audiard prétend : « c’est fou ce besoin de faire des phrases chez les marins ». Comme quoi…
Petit à petit, alors qu’on était en plein après-midi il commença à faire orage.
Le capitaine à Haddock, car c’était de lui qu’il s’agissait, vit son couvre-chef se transformer en casquette de magicien.
C’était une casquette pas ordinaire, pas comme un vulgaire béret ou une casquette de champion de golf avec MAGA écrit en lettres d’or.
Non, cette casquette-là, faisait qu’on parlait toutes les langues, selon le pays où l’on est : une vraie casquette qui caquette.
D’ailleurs, si on l’enlève, on perd la tête. Pas comme Louis XVI évidemment. Mais on peut se prendre pour un ours polaire avec un petit vaisseau spatial sur la tête. Un peu comme Tintin dans Le Lotus Bleu, si vous voyez ce que je veux dire.
Heureusement, le vent et la pluie retombèrent et la casquette après un « bachi-bouzouk » et un « mille sabords » retentissants redevint celle d’un vrai capitaine, celle qui confère la science et le savoir, celle qui voit loin et qui supervise, qui permet de rentrer au port.
Patrick
Atelier d’écriture Villenave d’Ornon
29 octobre 2025


Merci Patrick pour ces charmantes élucubrations qui, après des détours chez Dali, Audiard, Géricault et Hergé finissent par retomber sur terre, ou sur mer, avec un capitaine à la tête bien vissée sur les épaules.
Folie de l’écriture, enivrante.
J’ai eu plaisir à relire cette citation d’Audiard dans “Les tontons flingueurs” :
“C’est fou ce besoin de faire des phrases chez les marins” que je tiens comme très emblématique de son style.
Un beau délire et une belle imagination ! et, de plus, ce Fluctuat nec Mergitur, qui pour une fois est de la littérature (Les copains d’abord), est fort bien écrit !
On s’amuse bien dans ces ateliers !
Merci, Patrick, pour ce partage.
Jubilatoire.