La musique est plus sombre sous un voile de nuit,
 l’accord mineur résonne en sa tendre douceur.
 Il évoque les doutes, peut troubler notre cœur,
 comme une nostalgie qui doucement nous suit.

L’accord majeur rassure, moins d’émotivité.
 Loin des accords mineurs dont les gammes s’étirent.
 C’est un pacte scellé entre deux volontés,
un serment solennel que rien ne peut détruire.

Dans le respect des rites, des coutumes anciennes,
où l’on s’ouvrait la paume pour mêler son sang pur.
Où l’on pouvait cracher dans nos mains toujours saines,
en les serrant bien fort, l’accord devenait sûr.

L’accord majeur à deux, quand il est un vrai pacte,
doit ignorer les ombres et ne jamais faillir.
Le mineur est exclu, il ne peut convenir.
Rien n’est plus important, c’est loyauté en acte.

Je crus longtemps cela, et ce fut mon erreur.
 Aujourd’hui bien trahi, je m’accroche et je saigne.
J’aimerais que l’ichor coule un peu dans mes veines,
et qu’un pouvoir divin m’ôte enfin ces douleurs.

Je garde mes accords au creux de ma guitare, 
majeurs ou bien mineurs, ils sont les bienvenus.
Eux ne trahissent point, ils ne sont pas tricards,
ils sonnent sous mes doigts, au rythme convenu.

Et si l’accord est faux, j’accuse mes dix doigts,
Car seule ma faiblesse justifie ce faux pas.

                                                            Gilbert.