Mes filles ont bien grandi, et le temps s’est enfui.
J’étais plus jeune alors, par mes tourments conquis.
J’aurais voulu donner, sans attendre en retour,
un peu plus de ma flamme, le feu de mon amour.
Et puis est arrivée cette chose fragile,
ce petit bout de chou, pur comme l’argile.
Magie de l’émotion, qu’on ne peut quantifier,
où donc va cet émoi, toute cette quantité ?
Je la regarde rire, jouer, et s’exprimer.
Je la vois s’épanouir par tant d’amour donné.
Peut-être trop parfois, elle nous fait des caprices,
et je n’ai pas le choix, je cède avec délice.
Je voudrais l’emmener vers des contrées plurielles,
lui apprendre l’espoir, pour lui donner des ailes.
La voir s’envoler, ne rien craindre du monde,
la voir s’éloigner du mal et de l’immonde.
Mais je ne suis qu’un homme, je ne suis pas un dieu.
Je ne suis qu’un acteur qui fait que ce qu’il peut,
en étant que le père de sa mère chérie.
Parfois je les confonds, la mémoire en charpie.
De « l’art d’être grand-père », j’ai voulu me nourrir.
Je ne suis pas Hugo, pas la peine d’en rire.
Parfois je déraisonne, tant mon amour est grand,
je la voudrais pour moi, mais elle a ses parents.
Ils l’aiment eux aussi, lui donnent le meilleur.
Je le vois dans ses yeux, pétillants et rieurs.
Elle me parle beaucoup, invente des histoires,
son imagination fertile réveille ma mémoire.
Je suis donc un grand-père qui a voulu écrire,
certes, pas un poème, mais quelque chose à lire,
quelque chose de moi, de ce trop-plein d’amour.
Oui, c’est pour toi Léna. Tu le liras un jour.
Papy Gilbert à Léna (4 ans)

Voilà une ode à l’art d’être grand-père à laquelle je ne peux qu’adhérer étant grand-père six fois.
C’est vrai que les relations grands-parents petits-enfants sont d’une autre nature que celles avec les enfants, pas moins d’amour, mais plus disponibilité !
Félicitations Loki pour tes six petits-enfants ! Moi, je n’en ai qu’une, mais sa naissance a été un grand tournant dans ma vie.
Quand ma fille est venue nous annoncer sa grossesse, j’étais en plein traitement contre un cancer. J’allais tous les jours à mes séances de radiothérapie. C’est à ce moment-là que j’ai pris la décision de vivre pour la voir grandir. Mon oncologue m’a même confié qu’il avait rarement vu une rémission aussi rapide. Pour moi, c’est elle qui m’a sauvé la vie.
Joli texte.
Oh ! combien elle adorera le lire un jour, c’est certain, cette fille au nom de fleuve ! (4300 km, quand même, nos petits fleuves français sont ridicules)