Au commencement, le vide n’était pas une absence, mais une promesse. C’était un silence fertile où le « Tout » attendait patiemment son heure, compressé dans l’infiniment petit. Puis, par une volonté que le langage humain peine à nommer, l’étincelle jaillit.
Dieu forgea l’Univers. Il tissa les galaxies comme de la dentelle et, au cœur de cette immensité, il plaça son joyau : la Terre. Ce n’était pas seulement un assemblage de roches et d’eau ; c’était un organisme vibrant où chaque graine, chaque pensée et chaque invention future étaient déjà inscrites dans le code de la Création. Satisfait, l’Artiste se retira. Il regagna cette demeure sans nom, hors du temps et de l’espace, laissant à sa créature le plus beau et le plus dangereux des cadeaux : l’autonomie.
L’éternité est une notion relative pour celui qui l’habite. Un jour — ou peut-être après un cycle de plusieurs milliards d’années — l’envie lui prit de contempler à nouveau son chef-d’œuvre. Il écarta les voiles du cosmos et posa son regard sur la petite bille bleue.
Ce qu’il vit ne fut pas l’apothéose espérée, mais une humiliation.
Là où devait fleurir l’harmonie, il ne trouva que les cendres de l’injustice. Le spectacle était accablant :
- Les Temples dévoyés : Les religions, conçues pour être des ponts vers le sacré, étaient devenues des forteresses de haine. On tuait en son nom, on justifiait l’oppression par ses propres textes, transformant la spiritualité en un poison de division.
- La Raison trahie : La science, ce flambeau qui devait éclairer l’humanité et la libérer de la souffrance, était tombée entre les mains de tyrans. Elle servait désormais à perfectionner l’agonie et à asservir les esprits.
L’Univers ne chantait plus ; il hurlait.
On dit souvent que Dieu est miséricordieux, mais on oublie qu’il est aussi l’équilibre. Face à ce chaos, Dieu ne pleura pas. Les larmes sont une faiblesse biologique, un aveu d’impuissance que les divinités ignorent. Son émotion était plus froide, plus radicale : une immense lassitude.
D’un geste aussi simple qu’une pensée que l’on oublie, il décida de rayer l’Univers.
En un battement de cil métaphysique, les étoiles s’éteignirent. Les guerres s’arrêtèrent faute de combattants, les prières s’évanouirent faute de lèvres pour les prononcer. La matière retourna à l’énergie, et l’énergie retourna au néant.
Il n’y eut plus rien. À nouveau.
Dieu se retrouva seul dans le silence originel. Le Tout était à nouveau contenu dans le rien, comme une archive purifiée.
Il fixa ce vide pendant ce qui sembla être une éternité. Puis, dans cette obscurité absolue, une vibration imperceptible commença à agiter le néant. Était-ce le souvenir de la beauté de la Terre avant sa chute ? Ou l’espoir qu’une nouvelle variable, un nouveau souffle, pouvait changer la donne ?
Dieu allait-il recommencer ? Dans le creux du silence, la première lettre d’un nouveau verbe s’apprêtait à résonner.


Je trouve que c’est très bien écrit !
Ce genre de texte me plonge toujours dans une sorte d’abîme dans lequel je tombe sans pouvoir me raccrocher à rien.
Rien, c’est justement le sujet : plus de matière, plus de temps et surtout cette question qui nous tarode :
qu’y avait-il avant ce Rien ? qu’y avait-il avant Dieu ?
Je regrette que notre bel algorithme n’ait pas associé à ce texte une de mes fantaisies où je montrais moi aussi Dieu dans une certaine perplexité face à ses propres créations… Un texte qui t’avait plu, Loki !
https://oasisdepoesie.org/textes-dauteurs/nouvelles/hermano/chronique-parallele-une-erreur-de-conception/
Est-ce encore une fantaisie de Dieu ? On le sait les voies du seigneur sont impénétrables… Ou un effet du “malin”, mais l’algorithme aurait pu associé ta nouvelle à la mienne. Il ne l’a pas fait, mais ton commentaire répare cette déficience en montrant combien ces deux textes sont “parallèles”