Paolo Ucello
Bruno et Gisèle ne pensent pas à l’avenir.
Autrefois, oui, ils y ont beaucoup pensé. Pensé à l’éducation des enfants, à la transmission du patrimoine, pensé à leurs petits-enfants et aussi à la couleur du nouveau canapé. Ils ont tout fait, tout pour s’assurer une vieillesse heureuse. Ensemble.
Tant de petites choses qu’ils ont si bien gérées : les dîners de famille, le stock de madeleines longues que leur petit-fils adorait, le choix de la mutuelle. Même l’entretien de leurs capacités physiques et cognitives.
Tout prévu, du rendement de la pompe à chaleur aux donations raisonnables aux œuvres sociales. Tout !
Tout organisé, tout programmé : le voyage au Spitzberg, la Tanzanie, Disneyland en Floride. Combien d’autres horizons n’ont-ils pas admirés durant ces années, sous combien d’autres cieux n’ont-ils pas voyagé ?
Bruno et Gisèle ne pensent plus à l’avenir.
Au loin, sur la colline, un nouveau paysage auquel ils ne sont pas encore habitués. Les éoliennes paressent dans la brise du soir. Le ciel est déjà sombre, le soleil jette ses derniers feux sur les damiers bien serrés de leur nouveau jardin. Quelques statues, égrenées ci et là, rompent une monotonie sévère.
Dans le fond, des promeneurs déambulent, paisibles. Ils parlent à voix basse.
Là, tout près, une femme coiffée d’or prie. Elle paraît sereine. C’est leur fille.
Bruno et Gisèle dorment. Ils ne pensent pas à l’avenir.


Un beau texte qui illustre bien nos vies !
Nous sommes tous des Bruno et Gisèle…
Nous pensons tous quand nous sommes jeunes au présent et un petit peu à l’avenir. En vieillissant, nous pensons plus à l’avenir qu’au présent, alors que ça devrait être le contraire ! L’avenir se réduit comme une peau de chagrin…
Un jour l’avenir est derrière nous, il n’y a plus que le passé auquel nous ne pouvons même plus penser !
Une question toute bête, pourquoi leur fille est-elle coiffée d’or ?
La très belle illustration a-t-elle un rapport avec l’histoire ? Où est-ce pour faire beau ?
Merci, Loki, pour ces commentaires.
Oui, je dois une explication : le making-of de ce texte. Il a été écrit lors d’un atelier d’écriture dans lequel, après quelques échauffements, on nous proposait d’écrire un texte à partir de ce tableau. Il ne s’agissait pas, bien sûr, de le décrire, mais de s’en inspirer et de laisser dériver notre imagination.
Alors, cet enclos, avec ses rangées bien alignées, m’a fait penser à un cimetière et les tours qu’on aperçoit au loin pourraient bien être de éoliennes… ! D’autres consignes de l’atelier m’ont amené à créer des personnages (Bruno et Gisèle) et à penser que les personnages qu’on aperçoit au fond sont des visiteurs de ce cimetière. Enfin, l’attitude de la blonde (donc coiffée d’or) au premier plan m’a laissé voir une femme recueillie en prière.
Oui, cet atelier se passait à coup sûr dans la période de la Toussaint !! 🙂 Quant à Saint Georges (je suppose) en train de ferailler son dragon, je n’ai pas eu le temps de le saluer ni de l’inclure, et c’est probablement dommage…
Comment mieux évoquer en quelques lignes l’itinéraire d’un amour conjugal, d’une vie dont l’issue nous est commune ?
Cette issue si délicatement évoquée par le silence du jardin à damiers.
Un très beau texte.
Joli texte qui resonne bien pour un couple qui a vu le temps, la vie passer, et laisse cours a l lmagination…sont ils dans l autre monde avec une fee bienveillante aux cheveux d or? Mystere…