Il était une fois un jeune doctorant nommé Edmond, un véritable passionné de littérature française.

La veille de son exposé de thèse, il se rendit compte qu’il avait oublié une étape cruciale : la recherche du verbe “tintinnabuler” dans les œuvres des grands auteurs français. Après tout, comment pourrait-il prétendre à un doctorat sans avoir fait référence à ce mot au son si délicat ?
« Allons-y ! » Abreuvé d’une tasse de café noir, il se mit en quête de son précieux verbe.
La première destination d’Edmond fut le petit salon de sa grand-mère, où trônaient fièrement des éditions anciennes de Victor Hugo. Il se souvenait d’avoir lu « Les Misérables ». C’est sans doute le livre qui a donné aux cloches leurs lettres de noblesse littéraire. Quasimodo n’est pas seulement le sonneur ; il vit pour et par ses cloches. Il est sourd à cause d’elles, mais il les aime d’un amour charnel. Hugo décrit avec une puissance incroyable Quasimodo chevauchant la grosse cloche (le bourdon Marie) en plein vol, tel un démon exalté par le vacarme.

Quel vacarme « Sacré Hugo, tu n’étais pas vraiment un tintinnabuliste ! » s’exclama-t-il.

 

Ensuite, il se dirigea vers le grand maître de la poésie, Charles Baudelaire. Dans « Les Fleurs du mal », il trouva une atmosphère souvent sombre, mais aucune mention de ce verbe farceur. Baudelaire compare la cloche vigoureuse, qui sonne fièrement dans la nuit, à sa propre voix “fêlée”. Sa voix ressemble au râle d’un blessé qu’on oublie sous un tas de morts, incapable de produire un son pur. “Pourquoi Baudelaire ne tintinnabule-t-il pas ?” se demanda Edmond, déplorant que le poète préférât apparemment les charmes de la déprime à ceux des cloches.

Edmond abandonna Charles Baudelaire, peut-être aurait-il plus de chance avec Guillaume Apollinaire ?

Il se plongea dans le recueil « Alcools », ce poème évoque les cloches qui, du haut de leur clocher, “voient tout” et dénoncent les amants. Les cloches agissent comme les commères d’un village, racontant à tout le monde les amours secrètes du poète.

Ces cloches ne titinnabulent pas vraiment !

 

Il y a peut-être un espoir chez Marcel Proust

Dans « Du côté de chez Swann », les cloches de l’église de Combray rythment la vie du narrateur. Le son des cloches de Saint-Hilaire définit l’espace et le temps, marquant les moments de solitude ou de réunion familiale. Ce n’est pas un exemple probant de titinnabulation…

Ne voulant pas abandonner, Edmond s’aventura au café littéraire du coin, convaincu que les écrivains contemporains auraient quelque chose à dire sur le sujet. Il y croisa une femme qui semblait aussi perdue que lui. Elle feuilleta distraitement un livre de Philippe Djian et murmura : « Je pense que tintinnabuler, c’est un peu comme rater sa commande de café, n’est-ce pas ? » Edmond éclata de rire, mais cela ne l’aida pas à trouver le fameux verbe.

Finalement, il jeta un œil dans les œuvres de Rimbaud. Dans une ligne où il était question des “cloches des champs”, il crut apercevoir un soupçon de tintinnabulisme. Mais entre nous, c’était plutôt un coup de cœur et non une vraie référence.

Épuisé, mais déterminé, Edmond rentra chez lui. Il avait accepté le fait que sa thèse serait plutôt une ode à sa recherche acharnée du verbe merveilleux. Le matin venu, devant le jury, il prit une grande respiration et débuta son exposé :

« Mesdames et messieurs du jury, aujourd’hui je vous propose une exploration de l’absurde, du verbe tintinnabuler, à travers le prisme de la littérature française. Un voyage à travers Hugo qui n’a jamais entendu les cloches, Baudelaire qui a préféré ses fleurs malodorantes, et Rimbaud qui a dansé avec les mots sans jamais vraiment les faire tinter.

En terminant, il ajouta avec un sourire : « Peut-être que la littérature, c’est comme « tintinnabuler » : parfois, il suffit d’oser laisser les cloches sonner pour apprécier leur beauté.

Le silence se fit dans la salle, puis un membre du jury éclata de rire, suivi des autres. « Monsieur Edmond, vous avez brillamment su transformer une quête absurde en un exposé fascinant. Félicitations ! »

Edmond, soulagé et ravi, avait enfin obtenu son doctorat et une nouvelle définition du verbe « tintinnabuler » : celle de la joie d’être reconnu, surtout au milieu d’une élite littéraire.