En regardant au loin, c’était le gros orteil,
La phalange distincte et ses autres comparses.
J’en sentais chaque corps et chaque ongle pareil
Et sentais les métas se rattacher aux tarses.
En montant doucement le long du tibia,
La fibula fixée à lui comme une agrafe
Laissait songer au tronc d’un maigre séquoia
Ou le fémur immense atteignant la girafe.
Puis ce fut la colonne entamant le coccyx
Après un long sacrum aux pendants iliaques,
Puis ce fut deux et trois et quatre et cinq et six
Et vingt-quatre autres pics, pointus, démoniaques!
Car sans m’en rendre compte, apposé sur l’atlas,
En comptant et montant, j’avais atteins le crâne.
La mandibule ouverte et le frontal, hélas,
Présentaient, oh, surprise, un cri sans filigrane.
Et je redescendis, les yeux plein d’embarras
Le long de ce long cou : scapula, clavicule…
Quand soudain l’humérus précédant l’avant-bras
S’entre-ouvrit au besoin tel un grand tentacule.
De la main je ne vis que ce métacarpien
Plongeant dans ses métas mais frôlant la phalange :
Les doigts étaient blanchis pareil à l’olympien,
Rongés d’anxiété devant tout ce mélange.
Car j’avais contre moi, nonobstant le sternum,
Un thorax étendu : nous étions, côte à côte,
Bassin contre bassin, couvert de sodium,
Un seul corps écorché qui lentement sursaute…

Bienvenue Perthro !
Écrire a toujours été pour moi un exutoire.
Apparemment chanter aussi !
Faire un poème, puis une chanson sur les os humains c’est vraiment original.
On dirait le résultat d’un rendez-vous galant entre un étudiant en médecine en plein burn-out et un poète romantique un peu trop porté sur l’anatomie.
C’est sans doute le texte le plus étrange jamais écrit où l’on réussit l’exploit de passer de la “girafe” au “sodium” tout en caressant des “métas”. On hésite entre appeler un prof de bio pour valider la rime sur la fibula ou appeler la police parce que cette histoire de “corps écorché” qui sursaute “bassin contre bassin” ressemble moins à un câlin qu’à une pièce à conviction dans un épisode de Bones.
Bonjour Loki,
Ce n’est pas tombé loin! Dans une autre vie, j’étais archéologue…
Merci pour ce commentaire en tout cas, il m’a fait beaucoup rire!
J’ai lu et relu ce poème étrange et beau, tous ces mots inconnus de moi qui n’ai jamais étudié ni biologie ni corps humain, m’ont plongé dans un univers féerique. Le regard clinique du narrateur m’apparaît comme une distanciation, comme une timidité, devant la proximité de ces corps unis que j’imagine sur une plage. Le tout au rythme des alexandrins.
Très forte impression Perthro.