C’est pourtant bien confortable
Lorsqu’on est nouveau venu
Avec fauteuils, chaises et tables
On nous souhaite la bienvenue
Les résidents nous ignorent
Le regard éteint ou mort
Ils semblent posés au hasard
Echoués sur leur chaise roulante
En plein milieu du bazar
Des employées ambulantes
Plus haut dans tous les étages
Les portes entrebâillent d’ennui
Sur la misère du grand âge
Certains en chemise de nuit
Sont allongés dans le noir
Ressassant le temps passé
Qui a filé dans l’entonnoir
Des clepsydres d’une vie pressée
D’autres esquissent un pas de danse
Sur le disque d’un vieux chanteur
Roucoulant une romance
Avec beaucoup de lenteur
Certains errent dans les couloirs
Répétant des mots sans cesse
Naufragés de la mémoire
D’une très lointaine jeunesse
Ils nous semblent bien étrangers
Dans ce paisible mouroir
Que nous redoutons autant
Mais ils ne sont qu’un miroir
Du futur qui nous attend
Et où nous sommes engagés
