Un carnet rempli de tâches laisse apparaître, dans la marge, une petite fenêtre dessinée au crayon. Ce détail oublié rappelle qu’il reste toujours une place pour écrire, imaginer et prendre du temps pour soi.
Un carnet rempli de tâches laisse apparaître, dans la marge, une petite fenêtre dessinée au crayon. Ce détail oublié rappelle qu’il reste toujours une place pour écrire, imaginer et prendre du temps pour soi.
Chapeau de paille sous les fruitiers
Une poignée de cerises cueillie
Déposée dans un canotier
Elle est par l’Eté accueillie
Marie hume l’odeur du foin coupé
L’air chaud bruisse d’élytres d’insectes
Certains volètent très occupés
D’autres crissent dans leur dialecte
Au lointain les collines boisées
Présentent un bleu lavande fumé
Les prés, de chaleur embrasés
Exhalent des vapeurs parfumées
Le blé doré, devenant blanc
Nous supplie de le moissonner
L’air chaud à l’horizon tremblant
Finit par nous faire frissonner
Ciel d’été, ciel de ma jeunesse
Miroir de tes beaux yeux bleus
Reste encore un peu, rien ne presse
Profitons et soyons heureux
C’est pourtant bien confortable
Lorsqu’on est nouveau venu
Avec fauteuils, chaises et tables
On nous souhaite la bienvenue
Les résidents nous ignorent
Le regard éteint ou mort
Ils semblent posés au hasard
Echoués sur leur chaise roulante
En plein milieu du bazar
Des employées ambulantes
Plus haut dans tous les étages
Les portes entrebâillent d’ennui
Sur la misère du grand âge
Certains en chemise de nuit
Sont allongés dans le noir
Ressassant le temps passé
Qui a filé dans l’entonnoir
Des clepsydres d’une vie pressée
D’autres esquissent un pas de danse
Sur le disque d’un vieux chanteur
Roucoulant une romance
Avec beaucoup de lenteur
Certains errent dans les couloirs
Répétant des mots sans cesse
Naufragés de la mémoire
D’une très lointaine jeunesse
Ils nous semblent bien étrangers
Dans ce paisible mouroir
Que nous redoutons autant
Mais ils ne sont qu’un miroir
Du futur qui nous attend
Et où nous sommes engagés
Tant de pixels
Dans ma mémoire d’ancêtre
Le réel a fui, entraîné
Dans le sablier maudit
Mais dans ma tête
Crient toujours les corbeaux
Et aboient les chiens
Le soleil n’en finit plus
De se coucher
Et toujours
Le peuplier sous le vent
Frémit ses arpèges
Quand il vient
Même le silence est palpable
Et ce tic-tac d’horloge
Devient assourdissant
Maudite horloge !
Écrit en atelier d’écriture – octobre 23.
On se racontera
nos brûlures d’encens
nos sommeils éclatés sous la lune
et nos pères si lointains
On se racontera les brises de mer
les après-midis d’ennui de l’enfance
et cette attente sourde
On se racontera
les fées sur les lacs d’huile
les grenades mangées à pleine bouche
les airs d’harmonica
et ces oreillers de solitude
qu’on étreint mouillés
d’une nuit de pleurs
On se racontera encore et encore
les bagarres de rue
les coqs dans les poulaillers
et notre terreur de l’ombre
les étés de cour d’école sous les platanes
les bonbons acidulés
et le papier qui poisse aux doigts
On se racontera
les cerises dans l’arbre et les jeux d’osselets
les cristaux de gel sur les vitres
et cette attente
On se racontera
Les fleurs du pommier
Et le premier baiser
on se le donnera
encore et encore
pour se raconter le jour
Le lac immuable frangé de sommets enneigés,
Le lac qui au fil des jours n’est ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre,
Le lac charmant aux ciels bleus d’été, constellé de voiliers sous le vent léger,
Le lac apaisant ourlé de feuilles d’automne, où veillent des châteaux perchés,
Le lac tranchant des jours de bise, déployant des moutons enragés sur ses flots gris acier,
Le lac vivifiant du printemps, protégeant de ses ailes les cygnes majestueux et leur couvée.
Sur le quai, une petite fille emmitouflée, doudoune, bonnet à pompon et écharpe rouge, donne du pain aux cygnes, aux foulques et aux canards. Comme le pain, s’émiettent les souvenirs et les images.
Les premiers pas de l’enfant sur le rivage, la traversée sur le gros bateau blanc à aubes, les drapeaux des cantons suisses flottant sur le port, les journées joyeuses à la piscine en bord de lac, les balades hivernales entre bateaux à quai et cygnes frileux, les soleils couchants qui teintent d’or les monts du Jura.
Le lac et ses soleils joyeux de l’enfance,
Le lac et ses soleils soyeux des premières amours,
Le lac et ses soleils heureux de la vie qui va,
Le lac et ses soleils voilés de la vie qui s’en va.
