L’aube se lève sur un seuil de pierre,
Où le vent use un nom gravé trop tôt.
Quarante ans plient sous le poids de la terre,
Et les mains cherchent un travail dans l’eau.
Le soleil dore un mur qui n’a plus d’ombre,
L’horizon busse un regard sans chemin.
Chaque matin, la même attente sombre
Écrit des jours au creux de ses deux mains.
Les mosquées versent des chants de patience,
Mais l’échoppe est close au fond du dédale.
Le pain mendie une maigre indulgence,
La sueur sèche avant l’aube fatale.
Il compte les pas que le temps efface,
Les diplômes jaunis sous un drap moisi.
La jeunesse rit sur une autre terrasse,
Lui garde au poing un reflet de mépris.
Les promesses fuient comme l’eau des oueds,
Les bureaux sont des tombes aux vitres closes.
Il rêve de ports, de chantiers, de gués,
Mais son ombre s’accroche aux murs qu’elle cause.
Le soir déroule un tapis de poussière,
Où chaque étoile est un espoir déçu.
Il rentre, courbé sous la nuit entière,
Avec pour seul or un silence accru.
Ô pays de miel et de goudron rouge,
Où l’avenir se vend au poids du destin !
Son âge est un puits où le courage bouge,
Mais la corde casse au bord du matin.
Alors il reprend, dans l’aube incertaine,
Le chemin de craie où nul ne l’attend.
Quadragénaire, il use ses semelles
Contre un ciel bas qui n’embauche pas le vent.
Écrit par : Badr Alaoui Mrani @@ 🐦

