La nuit était si chaude douce et parfumée
Dans le ciel bleu marine avait éclaté
Comme un fruit géant l’immense voie lactée
Disséminant sa chair et ses graines enflammées
Comme des nébuleuses et des milliards d’étoiles
Le ciel avait ce soir hissé haut la grand-voile
Je flânais seul heureux dans les parfums de fleurs
Des effluves épicés semblaient venir de l’âtre
Des odeurs de cuisine Éthiopiennes ou Afar
Emplissait l’air d’arômes piment et curcuma
De loin en loin des filles brunes m’interpelaient
Accroupies, en tailleur sur le pas de leur porte
Tendant vers moi leurs bras et agitant leurs doigts
Garnis d’or et d’argent qui me montraient leur bouge
L’une d’elles se leva, prit doucement mon bras
Son immense beauté sur place me figea
Que cette fille était bouleversante et belle
Son visage de miel des pays du sahel
Avait volé mon âme et subjugué mon cœur
Un voile de tendresse revêtit cette fleur
Qui me tenant la main me prit dans son taudis
Je suis resté assis un moment sur son lit
Admirant sa beauté irradiant son gourbi
Ses yeux d’un noir intense s’étaient posés sur moi
Ses jolies lèvres ourlées et son nez délicat
Ses allures de princesse dans l’abri de misère
M’avaient intimidé moi pauvre militaire
Sa voix me ramena sur la terre battue
Chéri c’est deux cents francs, il faut payer avant.
J’ai payé, et aimé cette fille aux yeux noirs
Qui pleura doucement quand elle me dit bonsoir
Je vis entre ses cuisses quelques taches de sang
Quand elle remit sa robe elle me regarda
Son regard était triste je l’ai prise dans mes bras
Ce soir là j’ai connu l’horreur de l’excision
Ce soir là moi aussi je sais que j’ai pleuré


Un très beau texte, je trouve, empli d’images et de douceurs.
Une belle description du ciel pour commencer, et puis ce contraste si bien décrit entre la beauté des femmes et les laideurs de leur environnement.
Cela est magnifiquement évoqué jusqu’à cette fin qui me glace.
La photo m’a fait penser à la fameuse “Afghane aux yeux verts” de National Geographic.
Hermano, merci pour ton commentaire, j’ai été séduit quand j’ai connu ces filles de l’Afar, belles, élégantes, au sourire éclatant mais que j’imaginais drapées de tristesse. Les mutilations qu’elles subissaient m’ont toujours profondément touché et je suis resté par la pensée et le cœur très attaché à ce pays et à ces femmes magnifiques.
On ne peut nier que d’emblée on est fasciné par la photo qui illustre ce poème…
Cette image n’est pas une véritable photographie, mais une illustration numérique générée par intelligence artificielle (IA) ou créée de manière digitale.
Elle s’inspire très fortement de la célèbre photographie de Steve McCurry, La Jeune Fille afghane (Sharbat Gula), mais transpose ce style iconique dans une esthétique rappelant la culture Touareg (souvent surnommés les “hommes bleus” en raison de la couleur de leur chèche).
Mais cela n’est pas grave, car elle apporte un peu de douceur au poème qui rapporte la cruauté de la vie des filles de l’Afar.
Ce poème est structuré pour mettre en valeur le contraste saisissant qui le traverse.
ClaudeLougarou tu utilises le contraste entre la beauté du ciel étoilé et la noirceur de la condition de cette jeune femme pour dénoncer l’horreur de l’excision. Le « pauvre militaire », d’abord spectateur naïf et consommateur, finit par partager la douleur de la victime par ses propres larmes. C’est un poème de désillusion où le voyage se clôt sur un cri d’empathie et de tristesse absolue face à la souffrance des femmes.
L’excision n’est pas un fait anecdotique. Selon l’UNICEF, plus de 230 millions de femmes et de filles dans le monde ont subi des mutilations génitales féminines.
La France est l’une des premières pour la lutte contre cette pratique qui est une honte.
Plusieurs organismes médicaux proposent une prise en charge globale, un parcours de soin dédié aux femmes ayant été victimes de violences ou de l’excision, pour les accompagner dans leur reconstruction à la fois physique et psychologique.
À ta modeste place ClaudeLougarou tu participes à faire connaître cette pratique d’un autre âge.