La nuit était si chaude douce et parfumée
Dans le ciel bleu marine avait éclaté
Comme un fruit géant l’immense voie lactée
Disséminant sa chair et ses graines enflammées
Comme des nébuleuses et des milliards d’étoiles
Le ciel avait ce soir hissé haut la grand-voile
Je flânais seul heureux dans les parfums de fleurs

Des effluves épicés semblaient venir de l’âtre
Des odeurs de cuisine Éthiopiennes ou Afar
Emplissait l’air d’arômes piment et curcuma
De loin en loin des filles brunes m’interpelaient
Accroupies, en tailleur sur le pas de leur porte
Tendant vers moi leurs bras et agitant leurs doigts
Garnis d’or et d’argent qui me montraient leur bouge

L’une d’elles se leva, prit doucement mon bras
Son immense beauté sur place me figea
Que cette fille était bouleversante et belle
Son visage de miel des pays du sahel
Avait volé mon âme et subjugué mon cœur
Un voile de tendresse revêtit cette fleur
Qui me tenant la main me prit dans son taudis

Je suis resté assis un moment sur son lit
Admirant sa beauté irradiant son gourbi
Ses yeux d’un noir intense s’étaient posés sur moi
Ses jolies lèvres ourlées et son nez délicat
Ses allures de princesse dans l’abri de misère
M’avaient intimidé moi pauvre militaire
Sa voix me ramena sur la terre battue

Chéri c’est deux cents francs, il faut payer avant.
J’ai payé, et aimé cette fille aux yeux noirs
Qui pleura doucement quand elle me dit bonsoir
Je vis entre ses cuisses quelques taches de sang
Quand elle remit sa robe elle me regarda
Son regard était triste je l’ai prise dans mes bras
Ce soir là j’ai connu l’horreur de l’excision

Ce soir là moi aussi je sais que j’ai pleuré