Un parfum de miel.
Promenade dans une ruelle.
Les pavés sous mes semelles de cuir.
La fin de l’hiver. Une timide chaleur méditerranéenne se lève ce matin.
Les senteurs d’un petit bonheur espagnol.
Ma main dans la tienne, nous promenons, ensemble.
Délicieux moments d’échappée, que ces instants de début de printemps, au ciel bientôt intensément bleu. Ocre des pierres et des crépis dont j’imagine le reflet dans tes yeux de bâtisseur, par tes mots sans fioritures. Tu dis d’une voix grave les couleurs et les matières.
Des volets qui claquent, d’autres grincent. Les voix s’envolent d’une fenêtre à l’autre par une légère et fraiche brise matinale. Les femmes hèlent leurs voisines, leurs enfants, leurs hommes. Les moteurs pétaradent un peu et puis les sons s’amenuisent et s’enfuient dans la ville.
Toujours ce doux parfum qui chatouille les narines, légèrement voluptueux, il aiguise l’appétit. Nous devons longer une boulangerie.
Mémoire d’un moment. Sensualité et vitalité d’un pays solaire.
Ce matin des brioches, des pains au raisin au sucre qui coule et colle aux doigts. Les viennoiseries à la croûte dorée qui enchantent encore mon esprit. L’amour en un baiser qui claque, joyeux, au réveil et gourmandises au lever sur la table.
Le fumet d’un café serré pour toi et d’un thé noir bien corsé pour moi, au matin, tous deux face à face.
En route pour une exploration des environs.
Ta grande main empaume la mienne. Comme elle est chaude, ferme et tendre.
Un carrefour, des rumeurs dans la petite cité de Catalogne, l’air marin au loin. Nous sommes à Figueras, Cadaqués est proche.
Nous promenons nos pas à l’amble. Bavardages. Ton pas proche du mien. Tu t’échappes parfois. Une vitrine. J’effleure sa paroi fraîche et lisse. Mais toujours ton bras, ton pas non loin.
Et ce doux effluve sucré qui, peut-être nous guide.
Tu ne m’attends pas cette fois. Je sens ton interrogation. Je parle encore et encore pour occuper l’espace avant de t’entendre regarder une vitrine de confiseries.
– Le parfum des sentiments change avec le temps, dis-je.
– Ah ? t’étonnes-tu, de mes élucubrations.
– Un parfum se répand dans l’air du temps, oui, assurais-je. Je crois, écoutes-moi. Il y a le parfum des jours d’été quand l’air est sec, les aromates odorants de mille saveurs et, poursuivis-je, le parfum de l’automne, de terre un peu humide, celui de l’hiver froid et immobile, et du printemps, des premières pousses qui vont bientôt éclore, répandre leurs senteurs sous le chant des oiseaux.
Il y a l’odeur gourmande de nos corps dans les nuits chaudes du plein été, lorsque volets mi-clos, nos peaux se reposent …
Je te sens agacé par mes propos « odorifères ». Tu prends le large. Déjà.
Nous approchons sans doute du théâtre-musée de Dali. Tu deviens joyeux, évoques la majesté des lieux, la folie créatrice de l’artiste qui les a créés. Nous allons vivre des moments surprenants de retour à l’enfance, de clins d’œil à la vie avec l’immersion dans la liberté exubérante du génie du surréalisme, architecte d’un édifice à son image, éloge à son imagination et à ses talents féconds.
Regarder la vie autrement, comme lui, la déguster, la dépasser, la peindre et dépeindre.
La visite nous enchante pendant deux heures pleines, allant de surprises en émerveillements, comme des enfants en voyage au-delà de la réalité.
En sortant du théâtre-musée, le doux parfum sucré flotte toujours dans l’air, t’attirant comme un aimant.
Le soleil, sa chaleur printanière, désormais accompagne nos pas.
Le parfum se fait plus intense. Tu t’arrêtes soudain et me pousses dans une boutique pour le plaisir d’une dégustation espagnole.
Que ces Turon sont délicieux, mais que mon cœur se broie aussi en silence, mordu par de vilains effluves intérieurs.
La vendeuse, jeunette à l’accent croustillant et malicieux, attentive, nous présente tour à tour un, deux, trois, quatre et davantage petits échantillons de Turon aux saveurs variées plus goûteuses les unes que les autres, croquants ou tendres, parfumés ou épicés, miel, amandes et pistaches, quelle torture que de devoir choisir lequel emporter.
Quelle torture de te sentir sous le charme de cette voix flutée que j’imagine jeune femme ravissante et piquante, et ton large sourire vers elle à cette dégustation.
C’était pourtant aujourd’hui mon anniversaire. Le Turon mon cadeau. Une journée offerte de petit bonheur espagnol, mais aussi de morsure du temps qui passe, de fête des sens et de tragédie du cœur et d’obscurité pour moi.
Je vous entends converser, complices, avec une gourmandise autour des Turon, vous devez vous dévorer des yeux, de vos rires et me couper le cœur de part en part.
Tu as lâché ma main désormais abandonnée au parfum cruel de la nuit retombée sur moi, en un voile épais.
Tout tourné vers Elle.
Derrière mes lunettes noires, mon regard aveugle et mon cœur saignent doucement. Impossible de savourer, de contempler et de partager avec toi ce moment, instant précieux aux accents de liberté.
Tu vois et moi non. Sauf dans tes yeux.
Silencieusement je hume le parfum de séduction de ta petite rencontre espagnole au goût de miel.
Une larme salée sur la joue.
Tu la caresses tendrement.


Je vois l’image ! Mais impossible de visualiser le texte…
C est bizarre j ai mis image et texte…
Bonjour Chrisdottir,
2 remarques :
Quand une image est énorme comme celle que tu avais mise, il faut la prendre par les poignées (!) qui se trouvent aux 4 coins de cette image et la réduire, sinon elle occulte tout le texte, mais le texte reste visible.
Ce n’est pas ce qui s’est produit cette fois-ci.
Là, tu avais collé le texte dans la boîte “Résumé”, au dessous de la boîte de texte (probablement que parce que l’image était tellement grande qu’elle occupait tout l’espace de la boîte “Texte” et que, sans la réduire, tu es passée dans l’espace libre suivant : la boîte “Résumé”.
Je viens de corriger tout ça :
j’ai réduit la taille de l’image, et j’ai mis le texte à la suite, puis j’ai effacé le contenu de la boîte “Résumé”.
Maintenant, je vais aller lire tout cela.
Belle atmosphère dans ce texte. Je me sens vraiment au petit matin dans une tranquille déambulation espagnole, tellement teintée d’odeurs (bizarre, non, ce « teintée d’odeurs » ? c’est comme « parfumée de couleurs »).
Oui, donc une ambiance tranquille teintée d’odeurs et parfumée de couleurs, où j’arrive même à sentir les churros qu’on y propose sur les trottoirs le matin de bonne heure.
Et puis, cela finit pudiquement par une petite larme causée par un amant trop gourmand.
C’est joli. Merci Chrisdottir.
Quelques remarques, cependant :
– Un parfum se répand dans l’air du temps, oui, assurais-je. Je crois, écoutes-moi. Il y a le parfum des jours d’été quand l’air est sec, les aromates odorants de mille saveurs et, poursuivis-je, le parfum de l’automne, de terre un peu humide,
Écoutes-moi à Écoute-moi C’est vrai qu’on est tenté de mettre un « s » à l’impératif d’un verbe du premier groupe, c’est une faute fréquente.
Les verbes de cette phrase sont au passé : assurais-je, … poursuivis-je. Ce n’est pas vraiment correct car le reste du texte est au présent. En fait, il faudrait dire : « assure-je,… poursuis-je », mais c’est vraiment moche et inhabituel. Alors, il faut changer la phrase, mais je ne sais pas trop comment. Peut-être en écrivant : « dis-je, pleine d’assurance », « fais-je en poursuivant » ? ou alors en changeant complètement la structure de cette phrase.
Que ces Turon sont délicieux…
Malgré toute leur noblesse, je ne pense pas qu’il faille leur mettre une majuscule, par contre lorsqu’ils sont nombreux, je crois qu’il faut écrire « les turons » (turrones en espagnol).
Silencieusement je hume le parfum de séduction de ta petite rencontre espagnole au goût de miel.
Une larme salée sur la joue.
Tu la caresses tendrement.
Je me demande s’il caresse la joue ou la petite rencontre ?
Comme je suppose qu’il s’agit de la joue ( ?), je suggère : « Une larme salée sur ma joue que tu caresses tendrement ».
Merci beaucoup Loki et Hermano !
Oups oups pour les erreurs de publication, merci d avoir arrangé cela, je ne voyais pas comment modifier…et oui pour les fautes diverses..
Heureuse si cette nouvelle vous fait voyager, en Espagne mais aussi au pays des”sens”. Je l avais ecrite pour un concours qui imposait le theme ” la gourmandise dans tous ses etats”. Je n avais pas le droit de publier meme dans un blog, je m’ étais fait retoquer une premiere nouvelle, à cause de cela. Je n ai pas gagné, donc, voilà. Ce fut une agreable experience que d’ ecrire sur un souvenir ( romancé, dramatisé), en imaginant que le personnage feminin etait non voyant.. A bientot
Enfin une nouvelle ! Je ne peux que me réjouir de cette publication, d’autant qu’elle est illustrée par une magnifique image.
Chrisdottir est-ce toi l’auteur de cette aquarelle ?
L’artiste ou toi combinez des lavis d’aquarelle aux tons chauds (ocre, jaune, terre de Sienne, rouge terracota) avec un trait d’encre fin et incisif pour souligner les contours des façades, des fenêtres, des portes et des détails architecturaux.
Le dessin est réalisé sur un papier artisanal à grain fort et aux bords frangés/irréguliers, ce qui renforce l’aspect authentique et pittoresque de la scène.
C’est une œuvre pleine de charme et de douceur qui capte avec poésie la quiétude et la chaleur d’une ruelle historique.
Mais pour en revenir à la nouvelle, tu nous proposes un texte délicat et sensuel qui nous entraîne dans une promenade où les parfums, les saveurs et les couleurs éveillent les souvenirs autant que les blessures intimes. Sous la douceur apparente de cette escapade espagnole se dessine une douleur silencieuse, celle de la jalousie et de la peur de perdre sa place dans le regard de l’autre. Le parfum du miel, symbole de gourmandise et de bonheur partagé, devient peu à peu celui d’une rivalité qui meurtrit le cœur. Une écriture sensible et évocatrice, où la beauté des instants vécus contraste avec la fragilité des sentiments.
@Loki : je te conseille d’aller faire un petit tour par là :
https://oasisdepoesie.org/discussions/hermano/chrisdottir-publie-le-conte-de-gryla/
https://oasisdepoesie.org/wp-content/uploads/2025/12/extrait-A-LA-POURSUITE-DE-GRYLA.pdf
Je connaissais ! pourquoi m’inciter à y retourner ?
Loki
Oui l aquarelle est de ma main et oui tu as tout bien identifié, le papier et l intention, perspicace…
Il me reste quelques exemolaires de mon livre “A la poursuite de Gryla”…il plait bien en diffusion locale, amis d amis, club de lecture, mediatheques que je frequente. Cadeaux à des jeunes de 12 à…99 ans…
Bientot une autre nouvelle, quand je pourrai la publier ici…je suis une romantique, mais pas que…haha.
Chère Chirsdottir, je choisis ta nouvelle pour renouer avec le site après un été un peu difficile.
Je t’ai accompagnée, je vous ai accompagnés dans les rues de Figueras (Figueres !), ville où j’ai quelques souvenirs, étape vers Valencia du temps ou je vivais dans la grande cité levantine. Comme tu a subtilement su rendre cet ailleurs pourtant si proche, ses couleurs, ses parfums, ses sons ! Le tout baignant dans un nuage d’amour, une parenthèse émerveillée, comme un doux envol loin du quotidien. Un jour d’anniversaire quelque peu troublé par un détour inopportun vers un jeune sourire.
Très beau !
Merci Chrisdottir pour cette balade sensorielle et gourmande en Espagne: tout y est miel jusqu’à cette fin aigre/douce mais inévitable dans les escapades d’un couple de longue date (j’imagine). Les sens aiguisés sont en éveil; certains jouissent du bonheur d’être ensemble dans un doux cocon sucré de turon et de tortas de aceite, d’autres succombent à la saveur piquante des spécialités régionales.