JE ME RAPPELLES PAS MAIS ON M’ACCUSE
Tu sais, dans ma tête, ça tourne un peu comme un vieux vinyle,
un truc qui grésille, qui saute,
ouais ça tourne en boucle
et ça m’empêchera pas d’écrire
moi aussi
On me dit que j’ai parlé de la CAF,
mais moi, j’me rappelle pas.
J’me rappelle juste que je chantais,
que je mettais un peu de soleil dans une putain de cour de récré
C’est une gosse de la maternelle
qui m’a demandé :
« Hé, madame, c’est quoi la CAF ? »
Tu vois, une question d’enfant,
une question qui tombe comme ça,
sans prévenir,
comme un ballon qui roule jusqu’à toi.
Et moi, j’ai peut‑être souri,
j’ai peut‑être esquivé,
ou peut‑être que j’ai rien dit du tout.
Mais aujourd’hui, on me juge
comme si j’avais déclenché une troisième guerre mondiale.
On dit que j’ai fauté,
On dit que j’ai été inappropriée,
comme si j’savais moi ce qu’ça veut dire
Mais moi, j’me rappelle juste
que je chantais.
On dit que je foutais rien,
que je traînais mes pieds je sais pas trop où
que je laissais filer les minutes.
Mais personne n’a vu mes tickets de caisse,
mes poches qui se vidaient pour remplir leurs journées,
mes idées bricolées,
mes activités inventées,
mes petits trésors achetés
pour que leurs yeux brillent un peu plus fort.
On dit que j’ai perdu mon boulot.
Moi, je dis qu’on m’a retiré un morceau de cœur.
Parce que ces gosses,
c’était mes matins,
mes rires,
mes “regarde Anne-Marie t’as vu c’est pour toi
Ses câlins qui te recollent quand ta vie part en miettes
On dit que j’ai dérapé.
Moi, je dis que j’ai juste vécu.
J’ai juste donné.
J’ai juste aimé.
Et ça, parfois,
ça dérange plus que tout le reste.
Alors ouais,
j’me rappelle pas ce que j’ai dit ce jour‑là.
Mais je me rappelle très bien
de ce que j’ai été pour eux.
Et ça,
Personne ne pourra me l’enlever

Bienvenue Annie !
Est-ce un récit fictif ou un vécu ?
En tout cas, nous sommes en pleine actualité !
D’après ce que j’en ai compris il s’agit d’une animatrice de périscolaire ou d’école maternelle (prénommée Anne-Marie) qui fait face à son licenciement à la suite d’une faute qu’on l’accuse d’avoir commise, mais dont elle n’a aucun souvenir.
La situation actuelle est vraiment complexe surtout à Paris.
Certes, il y a eu des fautes indéniables dans certains établissements scolaires. Il y a des brebis galeuses comme dans n’importe quelle profession. Mais l’ampleur que prennent ces affaires par l’intermédiaire des médias, jette l’opprobre sur l’ensemble des animateurs dont une majorité travaille, consciencieusement et sans problèmes.
Il faudrait laisser passer la justice, sans ces publicités médiatiques qui ressemblent à un tribunal populaire…
Je comprends le contexte, il me semble : un licenciement qui laisse l’auteure dans une grande détresse et une grande tristesse car elle ne peut plus approcher nos chères petites têtes blondes.
Mais à la vérité, je n’en comprends pas le motif véritable et encore moins l’allusion à la CAF.
Peut-être faudrait-il un peu plus lever le voile pour que ce texte me parle davantage.
Je ne me rappelles pas –> Je ne me rappelle pas