Et puis, la voilà qui réapparait inopinément un soir d’hiver rigoureux, plus déchue, plus déguenillée qu’un miséreux traîne-savates.

Elle avait été, me dit-elle, d’abord bernée, dupée, abusée par mille promesses mirobolantes ; puis violentée-droguée, et enfin violée…

Je la pris au mot : mon coeur animé d’un sentiment prémonitoire lui prédisait tôt ou tard ce renvoi humiliant au terme de sa fugue frivole !

Violée ? ! aîe…
Tout comme elle avait violé ma virilité, mon amour-propre lorsqu’elle fila à l’anglaise.

Or, curieusement, après quelques instants confus d’hésitation et face à toute sa détresse criante sur un visage blême et déparé, j’eus la force intérieure de taire mes reproches, réprimer ma colère, renier mon mépris…

Pris d’une compassion soudaine pour son piteux état, je lui filai une poignée de billets sans un mot et la regardai simplement s’en aller en larmes, la tête basse !

Dès lors, nous étions tous deux quittes et libérés.

Dieu quel drôle d’amour que le nôtre !
son violeur aura été mon vengeur !