Et puis, la voilà qui réapparait inopinément un soir d’hiver rigoureux, plus déchue, plus déguenillée qu’un miséreux traîne-savates.
Elle avait été, me dit-elle, d’abord bernée, dupée, abusée par mille promesses mirobolantes ; puis violentée-droguée, et enfin violée…
Je la pris au mot : mon coeur animé d’un sentiment prémonitoire lui prédisait tôt ou tard ce renvoi humiliant au terme de sa fugue frivole !
Violée ? ! aîe…
Tout comme elle avait violé ma virilité, mon amour-propre lorsqu’elle fila à l’anglaise.
Or, curieusement, après quelques instants confus d’hésitation et face à toute sa détresse criante sur un visage blême et déparé, j’eus la force intérieure de taire mes reproches, réprimer ma colère, renier mon mépris…
Pris d’une compassion soudaine pour son piteux état, je lui filai une poignée de billets sans un mot et la regardai simplement s’en aller en larmes, la tête basse !
Dès lors, nous étions tous deux quittes et libérés.
Dieu quel étrange amour que le nôtre !
son violeur aura été mon vengeur !

Voila un fin qui donne des frissons !
Est-ce l’actualité qui t’a inspiré ?
Et la compassion dans tout cela ? La vraie ! Pas celle qui se matérialise par quelques billets !
Et je m’interroge : comment peut-on violer une virilité ?
Je pense qu’un homme viril est celui qui peut surmonter un échec. Mais suis-je sans doute d’un autre siècle…
à Loki
il s’agit d’une compassion purement symbolique !
(Hélas ! je ne suis pas riche comme Crésus ☺️)
Par ailleurs, j’aurais bien aimé être de cet autre siècle à qui tu appartiens mentalement cher Loki : les hommes faisaient valoir leur virilité dans les faits et en étaient fiers !
Amicalement.
et celle-là, tu la connais ? 🙂
Le thème de ce poème m’a rappelé Baudelaire / Je n’ai pas pour maîtresse une lionne illustre :
…
… …
Si vous la rencontrez, bizarrement parée,
Se faufilant, au coin d’une rue égarée,
Et la tête et l’oeil bas comme un pigeon blessé,
Traînant dans les ruisseaux un talon déchaussé,
Messieurs, ne crachez pas de jurons ni d’ordure
Au visage fardé de cette pauvre impure
Que déesse Famine a par un soir d’hiver,
Contrainte à relever ses jupons en plein air.
Cette bohème-là, c’est mon tout, ma richesse,
Ma perle, mon bijou, ma reine, ma duchesse,
Celle qui m’a bercé sur son giron vainqueur,
Et qui dans ses deux mains a réchauffé mon coeur.
Bonjour Atlassi,
J’espère pour toi que ce poème n’est pas autobiographique!
Moralement, je ferais quand même une différence entre un viol (+ drogue) et une estime de soi bafouée…
Sinon, j’aime bien cette suite du poème précédent. Elle est différente, plus au format nouvelle qu’au format poème, à mon sens.
Réponse au comm. de Barloy :
Non, ce n’est pas un texte autobiographique ; mais c’est vraisemblable..
le mot “viol” est juste une image sans doute exagérée pour exprimer le dépit d’un amoureux vexé à l’extrême.
C’est vrai : c’est plus une Nouvelle que de la poésie.
Merci ami poète!