Dans une ruelle qui n’existait que lorsqu’on ne la regardait pas, appelée le Passage de la chouette , une jeune femme avançait, son sac à main serré contre elle.
Elle portait une longue robe blanche en dentelle, et avait un air étrange .
Sous la lumière vacillante des candélabres et des vieux lampadaires de la Maison de la souris qui marche , elle ressemblait à une héroïne d’un conte magique, presque une apparition sortie des pages d’un vieux grimoire qu’on pouvait souffler dessus pour enlever la poussière
sur son épaule un rose noire et une perle accrochée a son chignon.
Les pavés murmuraient sous ses sous ses pas, ses chaussures poussiéreuses et sa tenue extravagante
apparue du fond des ténèbres une mégère aux cheveux roses vifs
elle causait haut et fort à tout le monde même aux corbeaux qui croassaient , au vieux hibou qui voulait dormir tranquille et aux chats de quartier qui chassaient les souris.
Un marchand surgit alors d’une échoppe l’air sournois et le visage patibulaire dans son gros tablier blanc il tenait dans sa main un énorme poisson d’argent qui scintillait dans la nuit.
Il avait des yeux qui changeaient de couleur selon son humeur —
et son humeur changeait toutes les deux secondes il marchait avec une canne et hurlait dans le vide des mots incompréhensibles
furious ignis soit
gnis quadrus pattus
vox ruptura est
« Vous ! Rangez mes affaires ! » gronda-t-il, tandis que des objets flottants — des clés, des ceintures de pantalon, des vieux cadres , des livres et des casseroles usagées tournaient autour de lui comme des satellites affolés.
La jeune femme tenta de répondre, mais le marchand se mit à fulminer, sa voix résonnant comme si elle venait de plusieurs dimensions à la fois. ça faisait comme un écho dans la nuit.
Il voyait son pantalon beige retourné et la femme ne rangea rien tandis que le poisson l’observait derrière elle caché sous la manche de l’aubergiste furieux .
Elle recula, et son sac à main vibra légèrement, il était noir et avait une grosse fermeture éclair
À peine avait-elle fait trois pas qu’une mégère apparut, surgissant littéralement d’un mur qui se déplia comme une page de livre c’est à moi !
qui vous l’a vendu ?
Son nez était si pointu qu’il semblait indiquer le nord
« Ce sac… où l’avez-vous acheté ? » demanda-t-elle d’une voix qui ressemblait à un grincement de porte mal lubrifiée .
« À la marchande, là-bas » elle s’appelle Marie , répondit la jeune femme.
La mégère poussa un cri strident : « Mais c’est le mien ! Je l’ai donné à Marie et elle vous l’a vendu!
Maudite soit elle
maleficia umbrae
noiris sombris
tenebrae puntis
Marie je dois te parler il me faut l’argent sur la commission sur la vente, elle s’avança près de la dame brune aux cheveux bouclés ses anneaux brillaient dans la nuit et son corsage blanc en dentelle lui faisait ressortir sa poitrine généreuse.
Le sac à main, se mit à rougir il avait honte et se dit j’aurai du me taire ….pauvre Marie c’est pas juste
La mégère
, exaspérée
, répliqua :
« Eh bien, si c’est le vôtre dans une autre dimension, MARIE devrait me donner un pourcentage sur la vente dans celle-ci. »
La mégère se retourna pendant que les libellules acheteuses la regardaient fixement
Puis elle se replia dans le mur comme une ombre qu’on range.
La ruelle se tordit légèrement, comme si elle riait les fenêtres s’ouvraient et les rideaux se tiraient tous seuls collés pour voir la scène , les toitures des maisons s’allumaient pour mieux voir les étoiles
et les lampadaires se pliaient
Un peu plus loin, une dame avec une voix rauque
, vêtue d’une robe moulante rouge et or qui changeait de motifs à chaque clignement d’œil : constellations, plumes, éclairs, fleurs et qui devenait bleue
Elle observait la jeune femme
« Ces vêtements… parfaits pour des photos dimensionnelles », dit-elle avec douceur. « Vous gagnez votre vie comme vous pouvez, n’est-ce pas ? Vous devriez être fière !n’avez vous point de prétendant ?
Non répondit la jeune dame
Je vous tire mon chapeau. N’avez-vous jamais pensé à faire des photos ? »
Autour d’elle, des appareils photo lévitaient, tournant comme des lucioles mécaniques.
La jeune femme sourit. « Peut-être que je devrais. Ici, tout le monde semble voir en moi quelque chose que je ne vois pas. »
La dame hocha la tête, puis disparut dans un flash de lumière violette.
La ruelle se referma derrière la jeune femme, comme si elle n’avait jamais existé.

