MALADE EN VRAI
Moi j’suis l’genre de personne
qui porte un handicap qu’on voit pas.
Un truc pas trop discret qui porte
mais qui m’prend de la place,
beaucoup plus quand la voix raisonne
J’ai une RQTH,
un sigle à la con comme on en fait
comme si on est pestiférée
pour être bannie partout
Jetée dans un grand sac poubelle
Comme un dessin qu’on veut plus voir
Comme si la douleur devait faire un CV
pour être prise au sérieux.
Y’a des jours où je capte plus rien
où les nerfs c’est ça
comme si hurler c’était pas bien
alors que j’essaie de faire bien
Et moi j’dois continuer,
à vivre à 60 balais
tenir debout,
même quand ma tête ne veut plus
Les douleurs, elles,
elles sont à l’intérieur
Elles percent elles sifflent
comme un vieux train qui passe
qui s’assoient sur ce banc
et refusent de s’en aller
Et puis y’a l’administration,
celle qui veut des preuves,
des papiers,
des mails
comme si ma souffrance devait passer au contrôle technique
tous les six mois.
On me demande d’expliquer l’inexplicable,
de mesurer l’immesurable,
de prouver ce que je vis
alors que je le vis déjà trop.
et si mal
Mais malgré tout ça,
j’suis là.
Debout
à ma manière.
Pas toujours droite,
pas toujours forte,
mais toujours vraie.
Parce que ma force,
C’est partir et quitter le bateau
Elle me fera vivre ailleurs
dans les sourires des enfants
dans les projets que j’ai fait à moitié
dans les enfants qui chantaient
dans les rêves que je lâche pas.
Moi, j’suis un handicap invisible,
mais une personne qui parle trop
Et si tu me vois un peu plus clair
tu verras que derrière mes failles,
y’a un petit feu qui s’éteint pas.