Je déteste les R.E.R. Mais que faire ? Pas moyen d’avoir un logement décent autrement qu’en banlieue. Les embouteillages sont insupportables. Aussi je suis là, entassée avec des centaines d’autres voyageurs subissant les mêmes épreuves.
Aujourd’hui jour faste : pas de grèves, d’incidents ou de retards. Je quitte des yeux le livre me permettant de m’isoler et mon regard balaie le wagon. Comme tous les jours des visages anonymes, fermés et tendus, marchandise de notre société libérale.
Tout à coup mon cœur se crispe. Un visage venu du fond de ma mémoire se détache. La peur viscérale, que j’essaie d’apaiser depuis des mois, remonte à la surface, insupportable. Pas de doute, c’est lui…Les moments que j’ai tenté d’oublier défilent dans mon esprit. Je suis devant ma porte ouverte, il me pousse et me projette sur un lit. Une lame est posée sur ma gorge. La peur me paralyse. Il m’arrache mes vêtements. Il pénètre en moi… une douleur insoutenable…. Je sens son haleine haletante contre mon visage, je fixe ses yeux. Ils se ferment, je suis souillée. Le soulagement d’être encore vivante, la porte claque. Puis l’écoeurement et la nausée.
C’est bien lui, ce voyageur tranquille.
Ensuite la honte. Le sourire narquois, incrédule de l’officier de police. Il prend ma plainte. Il fera pour le mieux…
Après ce sont des mois de dépression, de cauchemars, de frayeurs, de répulsion quand on me touche.
Aujourd’hui tout ressurgit ! Une bouffée de haine m’envahit et me donne la force de le suivre dans la foule, sur le quai, dans la rue. Maintenant je sais, il travaille dans une banque.
La haine est devenue mon aiguillon. Après des mois de souffrance succède l’envie irrépressible de le détruire. Je ne cesse de le surveiller. Je connais tout de lui, il habite dans mon quartier, il a une femme et deux enfants. Le voir souriant allant les chercher à l’école me fait le détester encore plus.
Ma décision est prise je vais le tuer…
J’ai ressortit un pistolet, héritage d’un grand-père. Les armes à feu m’ont toujours fait peur et l’usage d’un couteau est au-dessus de mes forces. J’explique à un collègue que j’ai un pistolet chez moi pour me protéger des agressions. Il accepte fier de sa supériorité masculine de m’en expliquer le fonctionnement. Un dimanche je vais au fond des bois, sors le pistolet de mon sac et en tremblant j’appuie sur la gâchette. Cela n’est pas si compliqué que cela !
Pourtant j’hésite : tuer un homme n’est pas évident. J’élabore des scénarios que j’élimine au fur à mesure. J’en suis presque à renoncer…
Je le vois un jour sur le quai de la gare du R.E.R. Nos regards se croisent. Il me sourit. J’ai la conviction qu’il m’a reconnu. Le voir si près me rappelle son corps sur moi suant comme une bête. J’ai la nausée et je presse le pas pour m’éloigner. Ma décision est prise : demain matin !
Je sais qu’il quitte son domicile ponctuellement à 7 H 30. À 7 H je suis en place, la rue est déserte, j’attends le cœur battant, ma main serre le pistolet dans ma poche. À 7 H 45 il n’est pas sorti. Que se passe-t-il ? Dépitée je pars au travail.
À l’entrée de la gare, je ramasse un journal gratuit. Dans le train mes yeux tombent sur un article. Un homme qui tentait de violer une femme à Bagneux est abattu par le mari de celle-ci…


Bonjour Loki, comme d’habitude t’es histoires sont passionnantes et bien narrée, le rythme est vif. Par contre, j’ai eu du mal bien comprendre la chute : y a t-il un lien entre le tueur du violeur et la femme narratrice?
Merci BARLOY de ton commentaire !
Dans mon esprit il n’y a aucun lien entre le tueur du violeur et la femme narratrice, une pure coïncidence !