Te souviens tu Samra, de ce train, « La fleur rouge »
Partant de Djibouti jusqu’à Ali Sabieh ?
Éthiopienne sauvage, un air de majesté
Semblait t’envelopper toi fleur de la Mer Rouge
Fille pleine de noblesse, que d’autres ne voyaient pas
Tu étais noire et belle tu étais Reine et fière
Tes parfums embaumaient le vieux wagon de bois
Myrrhe, encens ou ambre ? Je ne m’en souviens guère
Je t’avais surnommée la Reine de Saba
Quand je te l’avouais tu éclatas de rire
D’un rire frais et doux léger comme un zéphyr
C’est à cet instant là que mon cœur chancela
Tu m’avais envoûté, ton aura de mystère
Flottait comme un mirage dans le wagon de bois
Ta longue robe bleue si fine et légère
Laissait imaginer ton corps miel d’acacia
Tes bras, tes mains ton cou étaient revêtus d’or
Bagues et bracelets illuminaient ton corps
Je t’ai dit, j’aimerais être ton Salomon
Tu me dis en riant, ça fera cent moutons
Belle fille chrétienne, tu étais franche et libre
Ne portais pas de voile, tes cheveux noirs, brillants
bouclaient sur tes épaules avec des reflets cuivre
Accessible, avenante des yeux sombres et francs
Tu incarnais l’amour, pas un amour lubrique,
L’amour de Salomon, du Cantique des Cantiques
Un amour sensuel de baisers et caresses
Un amour de poètes un amour de Déesse
Tu évoquais tout ça magnifique Éthiopienne
L’amour et la beauté, les caresses et parfums
A la fin du voyage, ma main tenait la tienne
Nous étions toujours deux, mais déjà bientôt qu’un
Nous nous sommes revus chez toi à Djibouti
Dans la petite pièce qui était ton abri
Déesse de l’amour, princesse sans couronne
Tu m’as donné ton corps et ton cœur de lionne
Tu m’as offert ta chair tes seins ronds et ambrés
Ta rose du désert à la toison bouclée
Tes bras de miel noués serrés autour de moi
Et j’ai redécouvert le plaisir dans ta voix
Samra tu m’as permis de retrouver l’amour
Pas un amour tronqué un véritable amour
Une fille chrétienne n’est jamais excisée
Et ton corps a rimé avec le verbe aimer
Tant de filles ont souffert dans la corne d’Afrique
Tant de filles ont pleuré un amour impossible
Je ne voulais aimer ces filles magnifiques
Vendant un corps brisé devenu insensible
Nous nous sommes aimés puis un jour séparés
Tu rentras au Harar et moi dans ma contrée
Je me suis demandé après t’avoir quittée
Étais tu bien réelle, ou t’avais je rêvée
Aurais je imaginé ton corps souple et ambré
Tes yeux noirs et brillants de Khol bleu habillés
Tes lèvres douces et chaudes à l’odeur de café
Ta nuque délicate tatouée au henné
Non je n’ai pas rêvé, et j’ai toujours gardé
Le vieux poignard Afar que tu m’avais donné


ClaudeLougarou tu continues à publier avec la même ferveur sur le thème qui on le sent te fascine !
Ton « Ma Reine de Saba » est un poème vibrant qui réussit l’alliage entre la tradition du grand chant d’amour oriental et une sensibilité moderne, humaniste, célébrant la femme dans sa beauté sacrée, charnelle et, par-dessus tout, libre.
On sent que tu célèbres le souvenir d’une passion amoureuse vécue dans la Corne de l’Afrique. À travers le portrait de Samra, tu dresses dresse le portrait d’une femme à la fois mythique et profondément humaine. Mais est-ce du vécu ?
Merci pour ce poème sur le berceau de l’humanité qu’est la corne de l’Afrique, dans les traces d’Arthur Rimbaud et d’Henri de Monfreid. Le poème est envoûtant
Loki, merci beaucoup pour ton commentaire, oui tu as bien saisi mon attachement à ces femmes de l’Afar d’origine Éthiopienne qu’elles soient musulmanes ou chrétiennes. L’histoire avec Samra est bien sur réelle, rencontrée dans le train de Djibouti à Ali-Sabieh. J’ai aimé cette fille lorsque j’étais militaire et notre relation a duré plusieurs mois, j’ai toujours le grand couteau Afar dont elle m’avait fait cadeau. L’amour avec une femme orientale est différent, passion, sensualité, tendresse, tout est exacerbé et beau, cela m’a profondément marqué. La liberté de ces filles chrétiennes détonnait avec la retenue et la résignation des musulmanes. Tu l’as compris j’ai adoré ce pays.
Barloy, merci beaucoup pour ton retour, la Corne de l’Afrique, berceau de l’humanité est effectivement une région fascinante et magnifique, aux paysages uniques au monde. Monfreid, Rimbaud, Loti, Londres et d’autres ont célébré les mystères de ce pays. Je publierai d’autres poèmes sur ce pays du rift qui m’a envouté et émerveillé. J’espère que tu les aimeras.
Une ode magnifique à cette belle jeune femme qu’on croirait sortie d’un conte.
Les mots y sont doux et chastes tout en restant bien évocateurs d’un souvenir qui persistera toujours.
Je crois qu’il vaut mieux que certaines histoires s’arrêtent comme cela, en plein vol, au firmament de nos rêves.
Un instant magique, une rencontre surprenante qui a gardé un parfum nostalgique de ce temps… Belle journée. Clémentine.
Hermano, merci pour ton commentaire. Cette histoire est ancienne et est toujours resté profondément ancrée en moi, je l”ai déjà dit mais j’ai été vraiment marqué par ce magnifique pays et ces femmes si belles. Bien que je ne l’ai connue que quelques mois, Samra fait toujours partie de mes souvenirs les plus chers et est une des belles histoires de ma jeunesse. Cette partie de l’Afrique Orientale m’a envouté et reste gravée en moi.
Clémentine, merci beaucoup pour ton retour. Je suis heureux que tu aies apprécié ce poème. C’est vrai, j’aime la nostalgie, et comme le disait Robert Hossein, magnifique comédien, c’est tellement agréable la “nostalj”, et j’avoue m’y complaire quelquefois.