Le coude, ce héros
(Héros auto-proclamé)
Utile.
Il le sait. Trop.
Et s’en vante à tout vent.
Le praticro-pratique,
force est de constater –
il n’en a jamais franchi le seuil.
Armé
d’un seul pli,
sans mystère.
Bien peu articulé,
pourtant nommé articulation.
Plier, déplier, plier –
en dehors de cela,
il ne sait que faire.
Chaud ?
Humide ?
Enveloppant ?
Il n’en est rien.
Faire cracher la plume,
y parvient-il ?
Rarement.
Jamais pour émouvoir.
Puis la vulve —
à peine lue,
possède le don
de faire battre les cœurs,
d’ériger les piliers du temple.
Il n’en est même pas le reflet,
tout juste son angle mort.
Refusant de s’incliner devant elle,
il se dresse plutôt —
beaucoup trop fier.
Les rares fois où il est nommé,
ça n’émeut personne,
pas même les enfants de cours d’école.
Il n’est ni zizi, ni foufounes, ni pet.
Bien sûr,
il se régale à la regarder…
de haut.
Si bien positionné soit-il.
(Et c’est bien la seule jouissance
qu’il a réussi à se bricoler
après tant d’acharnement.)
Il cogne aussi,
croit-il.
Comme elle ?
Mais non —
il SE cogne,
dans sa maladresse légendaire,
plutôt sur un coin de meuble ou un cadre de porte.
Il n’en jouit pas. Le meuble non plus.
Et pourtant, il persiste — aussi ridicule soit-il.
Trop d’encre versée,
pour un banal coude.

Un poème (?) que j’aime bien et qui dépasse de cent coudées par l’humour, certains poèmes rédigés par des pisse-vinaigre.
Le texte est si j’ose dire, bien articulé et met en exergue un organe humain, souvent oublié. Alors que le cœur pavane dans des milliers d’autres.
C’est justice, car en ce moment on nous rebat les oreilles avec le genou aux Jeux olympiques d’hiver !
Nous sommes saturés de croiser sans arrêt des ligaments croisés qui cessent de l’être…
J’adore !
Merci pour ce texte plein de simplicité, d’humour et d’auto-dérision.
J’aime beaucoup quand on fait parler ainsi un élément (généralement un objet) d’une grande banalité.
J’aime quand on évoque comme cela un sujet sur lequel on croirait qu’il n’y a rien à dire.
C’est là que se niche souvent une belle écriture poétique.
Pour moi, la modestie du coude l’emporte, haut-la-main, si j’ose dire, sur le bling-bling de la vulve ! et tu as bien fait de la remettre… à sa place !
Encore merci pour ce texte ! Et tiens, en échange de ce coude, je t’offre un légume !
https://oasisdepoesie.org/textes-dauteurs/poemes/hermano/frustration-vegetale/
Excellent !
Contrairement à ce que disent tes deux derniers vers, rien de banal dans ton poème. Parler d’une partie du corps ignorée, qui ne se rappelle à nous que dans les chocs douloureux, voilà qui est inattendu et quand c’est fait avec talent voilà qui est très plaisant !
Merci
Un gros merci à vous trois pour les bons mots.
Et merci Hermano pour le partage de ton poème. Vraiment intéressant !
Pour ma part, j’en ai écrit un sur la patate, mais il est beaucoup moins développé. Peut-être vais-je éventuellement le partager.
Banal le coude que nenni !
Dans tous nos commentaires, nous avons oublié « l’huile de coude ».
Qui connaît « l’huile de vulve » ?
Cette « huile de coude » qui permet de s’attaquer aux tâches les plus ardues.
Ah coude ! Tes mérites sont enfin reconnus !
Justement je viens de voir sur Internet, une publicité alléchante, elle propose un bidon de 5 l « d’huile de coude » pour quatre euros. C’est une véritable affaire !
Mais j’ai un doute, ne serais-je pas victime d’une arnaque ?