Au cœur d’un échangeur routier
Se trouve un camp de toiles plastiques
Parmi sumacs et noisetiers
Où de vieilles femmes ridées mutiques
Font sécher du linge sur un fil
Où sous un pont près de la pile
Des hommes mendient au bord des voies
Des chiens errent sans but et aboient
D’autres s’affairent à réparer
Ce que le vent a déchiré
Jamais ce vaisseau de voiles bleues
Ne s’arrachera de ce lieu
Il s’ancrera dans cette terre
Et fera naître une rose trémière

scènes quotidiennes du petit peuple brave et courageux qui animent la vie sociale et donnent son sens pratique à l’existence même !!
Merci d’écrire simple et profond ..!!
Il n’est pas de lieu ou pays précisé dans ce joli poème. Mais vu “l’échangeur routier” il s’agit à priori d’un endroit dit civilisé, ce qui vient en contraste avec la misère de ce campement, misère bien sur universelle avec les mêmes codes, quelle que soit la degré de civilisation. Le vaisseau de voiles bleues est une belle image.
Je ne sais BARLOY, où tu situes ton poème, mais il pourrait se dérouler dans n’importe quelle grande ville de France !
Ce que je sais par contre que des millions d’automobilistes parisiens côtoient quotidiennement le long du périphérique ce genre de campement !
Ce n’est pas nouveau ! Je me souviens il y a maintenant bien longtemps que ce genre de campement existait sur ” la zone” à Paris à l’emplacement où a été construit le périphérique.
La misère est de tous les temps…
Ton poème dresse un tableau touchant et profondément humain de la précarité urbaine. En installant ce campement de fortune au cœur d’un non-lieu (un échangeur routier), tu mets en lumière ces « populations interstitielles » que la société tend à rendre invisibles.
La force de ton texte réside dans son contraste : la dureté du quotidien (la mendicité, le vent qui déchire, l’errance) s’adoucit face à la poésie de la nature et à la résilience collective (la réparation, le linge qui sèche). La métaphore finale du « vaisseau de voiles bleues » transforme cet habitat précaire en un lieu d’ancrage poétique, où l’espoir parvient toujours à éclore, symbolisé avec finesse par la rose trémière.
On dirait du Baudelaire :
Si vous la rencontrez, bizarrement parée,
Se faufilant, au coin d’une rue égarée,
Et la tête et l’oeil bas comme un pigeon blessé,
Traînant dans les ruisseaux un talon déchaussé,
… …
Cette bohème-là, c’est mon tout, ma richesse,
Ma perle, mon bijou, ma reine, ma duchesse,
… …
J’ai toutefois une petite réserve sur la rose trémière.