Entre flot et jusant
Entre houle et ressac
Couleurs et regard jaillissent s’étalent se noient ensemble
On ne sait plus ce qui était ce qui ne sera plus
Œil blanc miroitant
Rien n’existe vraiment
Inlassable émergence étrange sensation
Ô Lune vivante
Bruits fiers maladroits vont viennent se cognent s’étouffent avalés par l’écume
Vent saoul titubant lave bouillonnante affamée se figeant
Tout semble infini à respirer
Petits cris fragiles subtils voletant çà et là
Dentelle vagabonde de nuages brodés
Bateau esquisse hésitant lumière endormie
Ombre d’un pêcheur immobile évanouie
Tout s’embarque se débarque se lasse arrive s’ennuie s’efface
Infime invisible immense jouant à l’envi
Plage noire somnambule
Ondoyants s’y promènent deux trois vers de Guillevic
Danse arc-en-ciel à la rime étincelle
Souvenances pirouettes
Flux incessant planant doucement
Supplique sauvage lointaine tout près si près qu’on pourrait presque s’en couvrir
Grand manteau hypnotique sur nos vieilles peaux usées
Pensées vagues flottantes égarées n’importe où allant on ne sait où
Entre houle et ressac
Entre flot et jusant…


Un poème qui me touche vraiment, où tu sais nous embarquer dans cet univers hypnotique et fascinant de la mer, de l’océan, avec force détails auxquels je n’avais jamais donné de noms.
Et pourtant, comme toi probablement, et comme Alain Barrière (“Et je reste des heures à regarder la mer / Le coeur abasourdi, les pensées de travers“), je suis resté si souvent au bord de la plage, ou en haut de la dune, ou la nuit à faire des pas phosphorescents sur le sable ou des gerbes d’écume parsemées d’éclairs de phosphore dans la nuit toute noire d’un bain de minuit.
Un texte vraiment beau. Merci.