Oui, cela m’est venu ainsi
Du fond des années
Des creux d’herbe fraîche
Où l’on se roulait le dimanche
De derrière les vignes aux vendanges lourdes
Du pollen des maïs dans la lenteur de l’été
Des nuits dans la dune à refaire le monde
En égrenant le sable dans tes mains
De l’idée de l’impossible refusé
De la douleur filigrane du temps qui passe
Oui, elle est venue la vague des mots
Envahir le creux des soirs piques hardis
Quand, trop pleins de sourires fleur de peau
On se taisait pour le rayon vert
Elle est venue dérouler l’ivresse des nuits tièdes
Quand les mains trop sages s’affolaient aux corsages émus
Quand la gorge lourde de l’alcool bu bouche à bouche
Nous inventions enfin l’amour au jusant de nos peurs
Aujourd’hui,
Les fils accrochés aux barbelés de ma mémoire
Se laissent enfin emporter par le vent
La mer s’étale au-dessus des brisants
L’émotion n’en peut plus de rester au-dedans
La cavalcade longtemps annoncée est prête à éclater au soleil
Oui, alors, il faut tout dire.


Au creux de la nuit
Ces mots s’affolant
Souffle court
De trop de non dits
“Dans la lenteur de l’été,
la douleur filigrane
De la vague de tes mots
Au jusant des peurs
Barbelés”
Alléluia
Hermano
C’est si beau…
Merci Hermano.
C’est un poème profondément intime. On y sent l’expression de ces vagues de nostalgie qui sont obligées de jaillir, de s’épanouir et d’être partagées. Cela demande du vécu, de l’introspection et, bien sûr, un immense talent.
Je suis fasciné par ton écriture, par ta capacité à exprimer une émotion si vive sans jamais trop en dire. Tu te livres corps et âme, et cela te rend sage. Tu me cueilles et me bouleverses.
Si j’en fais trop, tant mieux, car comme tu le dis si bien : il faut tout dire.
En ce moment, sur le site, la tendance est à la nostalgie, et souvent aux souvenirs d’enfance !
Tant mieux, cela nous change la dureté de l’actualité.
Tant de mots
Temps de mots
Tant de maux
Les mots sont magiques
Pour traduire nos maux
Mais aussi nos bonheurs
Mais quel est le sens des mots ?
Les mots peuvent-ils traduire
Les souvenirs de nos sens ?
Oui,
alors, faut-il tout dire ?
Est-il possible de tout dire ?
Les mots ne vont-ils pas figer
Nos souvenirs ?
D’ailleurs sont-ce nos souvenirs
Que nous jetons sur la feuille ?
Mais ce que nous croyons être
Nos souvenirs…
Le temps dans sa cruauté
N’a-t-il pas remodelé nos souvenirs ?
@Loki. Alors là, je suis conquis par ce magnifique poème que tu nous as livré tel un cadeau. Est-ce l’influence d’Hermano qui a éveillé ta plume ou l’automne qui nous aspire vers l’introspection ? Chapeau, je suis conquis. Si seulement de mon côté, j’étais capable d’écrire une nouvelle ! Je ne suis sur le site que depuis le mois de mai, je ne sais pas si tu as écrit d’autres poèmes. Si c’est le cas, j’aimerais bien les lire, car je me demande si ton hermétisme face à la poésie n’est tout simplement pas de la pudeur.
Je pense profondément que l’on peut tout dire, certes, en y mettant les formes, ou pas, selon les situations.
Gilbert, je te remercie d’avoir apprécié les quelques lignes que j’ai écrites en commentaire ! Tu es bien aimable, mais je pense que ce n’est pas vraiment de la poésie, mais plutôt un jeu de mots. Ces quelques lignes n’ont rien de comparable avec le poème d’Hermano, et je pense que tu trouveras des poèmes mieux élaborés sur notre site.
@ Loki. Je me refuse à penser en échelle de valeur en poésie. Si c’était le càs, il y a longtemps que je n’écrirais plus, surtout après un poème d’ Hermano. Ecrire un poème c’est écrire un ressenti, une émotion avec ces propres mots, dévoiler un peu son âme. Aucun ne peut être similaire, meilleur ou moins bon. C’est à l’appréciation du lecteur. C’est ce que j’ai aimé dans ton texte. Ce questionnement sur la valeur du souvenir que je trouve philosophique et poétique.
Magnifique Hermano ! Cette beauté ne m’est accessible qu’en tant que lecteur*, et je ne cesserai de t’en remercier.
Je suis d’autant plus sensible à ce poème qu’il dit une nostalgie de l’amour que le temps ne ternit pas, bien au contraire. Il faut cette distance, et le souvenir qui le cultive pour en parler si joliment.
Ta dernière strophe est en accord parfait avec cette belle image.
L’image l’a-t-elle précédée ?
Admiratif, une fois de plus !
* Voici un petit “sonnet”, un exercice laborieux qui veut exprimer cette incapacité :
J’espère le retour
De ces mots me fuyant
Vers un nuage blanc
Viendra-t-il ce beau jour
Avec sa pluie divine
Qui couvrirait de fleurs
Mes pensées et mon coeur
Pour qu’enfin se dessinent
Et naissent sous ma plume
Les teintes de l’Amour
Emergeant de la brume
Que s’écrive mon âme
En lignes délicates
Celles d’un vrai poème
@Chamans. Quelle belle surprise ! Ce poème est une réussite pour moi. Non seulement il est plein de ressenti et d’émotion intime, mais sa forme délicate exprime parfaitement ton attente de l’inspiration et de l’Amour, comme une prière pour que ton âme s’écrive. C’est un vrai poème, ne doute plus de ta plume ! Merci pour ce partage courageux et sincère. Décidément, il faut que je me mette aux nouvelles 🙂
Merci à vous tous d’avoir lu et commenté. Que de louanges !
@Tanagra : merci d’avoir relevé ces morceaux choisis !
@Chamans : Je pense que j’ai écrit cela il y a bien 10 ans et j’ai recherché l’image il y a seulement quelques jours.
Je trouve ta ritournelle agréable et bien écrite. En effet, elle évoque ces mêmes choses que j’essaie de vous raconter dans mon texte.