Lacunaire saveur de cet esprit vengeur.
Le courroux en drapeau, le cœur plein de rancœur.
 Les pourquoi, les comment ont passé leurs chemins.
 La raison disparue, au-delà du chagrin.

Puis il y a l’absence, ce vide singulier,
qui nous laisse pantois comme un fier chevalier
ayant perdu bataille, bien seul et désœuvré,
le courage en lambeaux et l’âme déchirée.

Là on cherche un chemin tout en levant les yeux :
Où est la Walkyrie pour me mener aux cieux ?
 Je suis si fatigué mais elle ne vient pas,
l’heure n’est pas encore là, je continue mon pas.

Je reprends mon épée, je la brandis bien haut.
Mon regard a changé, il effraie les corbeaux.
 Des cendres presque éteintes rejaillit le brasier,
ce feu qui de tout temps a su m’accompagner.

Mes mots comme des couteaux redeviennent caresses.
Et je ris de me voir : où étais-je parti ?
Je ne suis pas le centre, je ne suis qu’un ami,
un père, un fils, un frère, nourris par la tendresse.

Comme le grain de sable d’une plage infinie,
que semblent dérisoires mon histoire et ma vie !
Il faut raison garder, mais est-ce raisonnable ?
Dans mon esprit habitent des mondes innombrables.

J’ai tant de choses à faire, en aurais-je le temps ?
Tant d’amour à donner, partager tout autant.
« Je veux » n’a plus sa place, il me reste « je peux »,
un morceau d’univers comme un ultime aveu.

                                                               Gilbert