Lacunaire saveur de cet esprit vengeur.
Le courroux en drapeau, le cœur plein de rancœur.
Les pourquoi, les comment ont passé leurs chemins.
La raison disparue, au-delà du chagrin.
Puis il y a l’absence, ce vide singulier,
qui nous laisse pantois comme un fier chevalier
ayant perdu bataille, bien seul et désœuvré,
le courage en lambeaux et l’âme déchirée.
Là on cherche un chemin tout en levant les yeux :
Où est la Walkyrie pour me mener aux cieux ?
Je suis si fatigué mais elle ne vient pas,
l’heure n’est pas encore là, je continue mon pas.
Je reprends mon épée, je la brandis bien haut.
Mon regard a changé, il effraie les corbeaux.
Des cendres presque éteintes rejaillit le brasier,
ce feu qui de tout temps a su m’accompagner.
Mes mots comme des couteaux redeviennent caresses.
Et je ris de me voir : où étais-je parti ?
Je ne suis pas le centre, je ne suis qu’un ami,
un père, un fils, un frère, nourris par la tendresse.
Comme le grain de sable d’une plage infinie,
que semblent dérisoires mon histoire et ma vie !
Il faut raison garder, mais est-ce raisonnable ?
Dans mon esprit habitent des mondes innombrables.
J’ai tant de choses à faire, en aurais-je le temps ?
Tant d’amour à donner, partager tout autant.
« Je veux » n’a plus sa place, il me reste « je peux »,
un morceau d’univers comme un ultime aveu.
Gilbert

Ce poème qui jaillit comme un volcan de mots mérite bien son titre de “Résilience”.
Boris Cyrulnik a mis ce mot à la mode, et en a donné une définition :
“La résilience, c’est l’art de naviguer dans les torrents.”
La vie humaine est comme un torrent où chaque être humain est entraîné.
Mais si j’osais ce vilain, un jeu de mots : « la vie n’est pas un fleuve tranquille », le torrent de chacun à nous est rempli d’obstacles que nous essayons au mieux de surmonter.
Je sais Gilbert que dans ton torrent tu rencontres de sérieux accrocs et de te voir, reprendre la plume est le reflet d’une volonté de surmonter les épreuves.
Mais ne désespère pas un jour ta Walkyrie jaillira non pas pour te mener aux cieux, mais pour rester près de nous, tes frères humains.
Merci Loki pour ton commentaire.
L’ombre d’Howard guide ma plume et ma main,
Vers des sommets de pierre et des cieux d’airain.
Mon Conan intérieur, en brisant tous ses liens,
Surgit de mes écrits et redevient le mien.
Ma lame est affûtée, mes bras ne tremblent plus,
Car je l’ai décidé et je ne fuirai plus.
Héroic-fantasy for ever.
J’ai aimé ce poème que j’ai trouvé touchant,
touchante cette résilience qui n’est finalement qu’une grande sagesse, il me semble.
Tu trouves les mots pour tout dire sans fard, et c’est cela qui fait pour moi la force de ce poème !
Je ne sais pas si j’ai une bonne lecture de ce texte, mais il m’en a aussitôt rappelé un autre du temps où j’étais davantage inspiré…
https://oasisdepoesie.org/textes-dauteurs/poemes/hermano/demain/
Hé, Gilbert, tu ne vas pas encore nous faire le coup du “Donnez-moi la pelle que je m’enterre !“
S’il te plaît, peux-tu arrêter de te flageller : il est très bien ton poème et même si ce que je lis me fais penser à celui que j’ai écrit moi-même, il n’y a pas là de raison de les comparer. Cela n’a pas vraiment de sens : on ne compare pas un chataignier et un hêtre… et pourquoi le faire ?
Ceci dit, je suis heureux que tu aies fait un détour par mon poème et flatté de ton appréciation. Oui, oui, tu parles du corbeau dans ton texte et, comme le corbeau de la fable, je suis sensible à la flatterie ! 😊
Quant à la Sixtine, j’ai eu la chance de la voir avant et après la restauration.
La deuxième fois, dès l’ouverture des musées du Vatican, j’ai couru à travers toutes les galeries pour y aller directement et y passer
10 bonnes minutes presque seul ! Alors, je peux te dire que cela n’a rien à voir avec mes œuvres ! 😊 😊
Je suis sûr que tu aurais adoré être sur l’échafaudage avec Michel-Ange pendant des années et même près de cinq siècles plus tard lors de la restauration ! Moi aussi ! Tu aurais préparé les enduits et moi je vous aurais porté les paninis et j’aurais nettoyé les pinceaux et les gamates ! Chacun son truc…
En tant qu’artiste et technicien, tu liras peut-être avec intérêt cette histoire de restauration : https://fr.wikipedia.org/wiki/Restauration_des_fresques_de_la_chapelle_Sixtine
Très cher Hermano. Loin de moi l’idée de me flageller, je ne fais qu’un constat. Je vois mes écrits comme un match de rugby et les tiens comme du patinage artistique. Et s’il est vrai que mon cœur penche pour le terrain de rugby, je reste admiratif devant ces patineurs qui virevoltent sur la glace, comme en apesanteur. Voilà le sens de ma pensée. Je ne juge pas ce que je produis ; je l’écris, tout simplement. Si le poème est compris, j’en suis heureux. Quant à savoir s’il plaît… c’est une autre histoire. Bien sûr, je préfère séduire : après tout, nous sommes tous des corbeaux. 🙂 J’ai souvent pensé à faire de la restauration de monuments historiques mais, pris par la spirale entrepreneuriale, je n’ai jamais franchi le pas.
Je dois à la vérité de dire que, dans le poème dont je t’ai donné le lien, j’ai volé le titre d’un grand poète turc pour démarrer mon écriture.
Loki va me dire que je radote, mais j’aimerais, sous ton texte et parce que j’y trouve un certain rapport, évoquer encore une fois ce poème traduit du turc par mon ami Aytekin.
On sait ce que disent les Italiens : « Traduttore, traditore », l’original doit être encore mieux, mais je ne lis malheureusement pas cette belle langue…
Je suis de l’eau qui s’éclaircit
Comment je me rends compte que je vieillis
Parce que les femmes sont de plus en plus belles
Le soleil arpente plus vite le ciel
Les eaux sont plus froides les vents plus frais
Jadis je parlais de tout avec passion
Maintenant je les écoute avec un grand sourire
Les grands immeubles sont lumineux, les bazars sont fermés
Je vais dans de petites rues aux cafés minables
En regardant les enfants avec étonnement j’apprends à nouveau
L’enfance dont je veux désespérément me débarrasser
Toutes les voix deviennent tintement de solitude
Je suis dans l’illusion d’avoir dit tout ce que je pensais
Si quelqu’un chante une chanson avec tristesse
Un frisson sur ma peau une buée dans mes yeux
Parole brève objet simple amour pour un chat
Dans le fleuve du temps je suis de l’eau qui s’éclaircit en son cours.
Comment je me rends compte que je vieillis
Les femmes sont plus belles les femmes sont plus loin
Şükrü ERBAŞ (Toutes les saisons sont automne)
Très cher Hermano.
J’aime énormément ce poème d’Erbaş ; il résonne en moi avec une force particulière. À la manière d’un vieux sage, l’auteur nous guide vers une lassitude apaisée et une véritable plénitude de l’âme. C’est le récit d’une fin de voyage sans regrets ni besoins de grands discours. Le temps a tout épuré. Tout me touche dans ses mots, à l’exception, peut-être, de l’amour pour les chats !