Le brouillard tombe sur les marais
Parmi les touffes d’arbres têtards
Se glisse une poule d’eau apeurée
La froide nuit approche, il est tard
La silhouette d’un arbre mort
Fait naître les fantômes du passé
Les souvenirs des trépassés
Et la cohorte de nos remords
Alors qu’il fait entre chien et loup
Défilent nos mensonges, nos non-dits
Et nos tromperies de filous
Puis nos arrangements maudits
Entre les arbres enchevêtrés
Sifflent nos railleries acerbes
Glapissent nos méfaits perpétrés
Exulte notre fierté superbe
Notre amour propre courroucé
A manqué de reconnaissance
Envers ceux qui nous ont bercé
Depuis notre lointaine naissance
Revenu du fond de notre âge
Le roi des Aulnes nous poursuit
Les buissons nous griffent le visage
Dans notre folle course qui s’ensuit
Puis les pieds figés dans la boue
Nous constatons que nous sommes seuls
Prisonniers de nos propres tabous
Des êtres ordinaires et veules
Prenant notre courage à deux mains
Regagnant la berge sans détours
Nous retrouvons notre chemin
Et la joie de notre retour
Ce lieu désolé et sauvage
Est le miroir de notre image
Nous juge, puis nous fait retrouver
Notre dignité éprouvée

Barloy moi dont l’esprit irrationnel a conduit tout naturellement vers l’étude des Sciences a vu quand j’étais jeune, dans les marais une source d’exploration et d’expérimentation scientifique. Je me suis intéressé à ces bulles de gaz qui jaillissaient des fonds boueux et j’ai appris plus tard que c’était du méthane. Parallèlement je m’intéressais aux grenouilles et à leurs têtards, je prélevai un peu de l’eau saumâtre pour l’examiner au microscope afin de voir la multitude des êtres minuscules, peuplant les marais et ce sont les paramécies qui m’ont le plus marqué.
Toi Barloy tu abordes dans ton texte, une vision moins rationnelle et plus imaginative des marais.
Ton poème est sombre et mystérieux, il utilise le paysage des marais comme un miroir de la conscience humaine. Le brouillard, la nuit et les arbres morts créent une atmosphère inquiétante, tandis que les « mensonges », les « remords » et les « méfaits » représentent les fautes du passé. La fuite dans les marais symbolise ainsi une confrontation avec soi-même. Mais la fin apporte une note d’espoir : en affrontant ses erreurs, l’homme retrouve son chemin, sa dignité et une forme de paix intérieure.