D’errance incertaine, en stupide violence,
Chacun a sa pudeur, conscient de l’ignorance.
Livrés à la vulgate, nos vies empoisonnées
Par le trop et l’excès, par l’envie d’être aimé.
Sombres êtres déchus, des valeurs ancestrales,
Aux ombres interdites, devant les cathédrales.
Nouveaux dogmes pourris, sans vérité, sans Dieu,
Laissant moisir dedans, et dehors, sans les yeux.
De déchéance vaine, plaidoirie du néant,
Cherche encore Roxane, Cyrano dans le vent.
Hiéroglyphe de vie, on n’comprend plus rien,
Où donc est l’harmonie, avec l’os du chien ?
Je parle et je m’exprime, quelle perplexité !
Je préfère mes rimes encore à négocier.
Archétype primal du moi le plus profond,
Cet être prisonnier dont je n’connais le nom.
Recherchant la maîtrise du sens de ma vie,
Je suis à la dérive sans le péché d’envie.
La motivation vive du temps où j’étais bien
Celle qui me harcèle, qui me prend et me tient.
Orage dans les nuages qui ne me mouille pas,
Je me fous des sondages, que je n’comprends pas.
Que reste-t-il encor à savoir et comprendre,
D’un système en roue libre qui ne fait que nous prendre ?
Le monde qui s’effondre, et qui nous fait trembler,
Il nous fait vivre et croire, sans qu’on puisse douter.
Il y a le chaos, on se retrouvera
La force de l’espoir, on se relèvera
De l’éclat du désir, qui n’est qu’une illusion,
Je persiste et je signe, c’est mon indignation.
Quand la révolution, quand l’éveil des gens…
Je suis dans la matrice et j’en suis bien conscient.
Ce chaos qui nous prend, nous donne le vertige
Je cherche l’harmonie, je fuis ce qui me fige
Une vieille chanson comme un cri dans le vent
Pour ne pas oublier la valeur du temps.
Gilbert

Oh la la Gilbert ! Tu nous emmènes dans un torrent où j’ai du mal à te suivre. Ton apologie dithyrambique sur le néant laisse un peu l’homo sapiens modeste que je suis sur le bord de la route.
Le choix de certains vers me laisse perplexe.
Par exemple :
Où donc est l’harmonie, avec l’os du chien ?
Est-ce pour la rime ?
Comme dans d’autres de tes textes on retrouve le chaos. Or le chaos c’est la mise en œuvre de l’entropie qui régit notre univers qui tend inéluctablement vers le désordre maximal.
Le néant qui est le rien à l’état pur ne peut donc pas être régi par l’entropie et ne peut aboutir au chaos.
Si tu fais une plaidoirie * pour le néant, c’est que tu souhaites que notre société aboutisse au néant. Cela sera sans moi…
· Plaidoirie
· Exposé oral fait par un avocat destiné à défendre son client et à présenter une synthèse des faits et de ses arguments. Plaidoirie de l’avocat de la défense
Mon très cher Loki,
Ce n’est pas une apologie du néant, mais le constat que je fais sur le chemin que nous prenons. Bien sûr, ce n’est que mon avis. Je ne réfléchis plus à ce que j’écris ; les mots arrivent d’eux même. C’est une forme d’écriture automatique qui me surprend moi-même.
La plaidoirie de l’avocat défend un accusé même si il est coupable. Mais ici, personne n’est accusé de quoi que ce soit. Le néant n’a rien choisi. Il expose simplement les raisons de son avènement, à la fois sur les plans humains et spirituels. Il plaide son innocence, car il est une simple conséquence de l’immaturité des hommes qui scient la branche sur laquelle ils sont assis.
Tu sais bien mieux que moi que l’entropie est irréversible et qu’elle nous mène indubitablement vers le chaos. Ce chaos ultime nous conduira à la mort thermique de l’univers, selon la deuxième loi de la thermodynamique. Ce n’est pas le néant au sens strict, mais le terme est plus facile à placer dans une poésie (j’ai potassé un peu, quand même !). Je pense qu’il y a aussi une entropie du comportement humain avec le même résultat, mais bien sur, il faut nuancer tout ça.
L’os du chien est une petite touche d’humour pour alléger mon constat. Si l’on compare l’harmonie à de la viande sur un os, on peut supposer qu’il ne reste plus grand-chose sur l’os du chien.
Loki, ce n’est que de la poésie. Des rimes et des vers qui se suivent au gré d’une pulsion d’écriture nocturne, qui vient certainement du plus profond de moi. Je ne sais pas l’exprimer par une écriture logique. Sur le moment, je ne sais pas ce que j’écris, j’y trouve juste la jubilation d’écrire. Pour l’instant, c’est le chaos, mais je passerai certainement à autre chose bientôt.
Merci d’avoir pris le temps de lire ce poème et de me donner ton avis. J’espère que tu y verras un peu d’humour, car il vaut mieux en rire, faute de mieux.
Eh ! Les amis ! Le débat s’envole, vous avouerai-je que malgré tout l’intérêt que j’ai eu dans ma jeunesse et ai encore aujourd’hui, de façon plus sporadique, pour la physique je n’ai jamais réussi à comprendre vraiment ce qu’est l’entropie ?
Quant au chaos qui en effet n’est pas le néant, et je crains plus le premier que le second qui selon moi nous attend tous, j’en sens moi aussi l’approche menaçante. Je n’ai pas ton talent Gilbert pour évoquer ces états d’âme, mais je me suis globalement reconnu dans ton beau poème, même si comme Loki certaines choses m’ont échappé. Je t’envie de pouvoir libérer les mots qui t’assaillent de l’intérieur pour les constituer en poème et interpeler la sensibilité du lecteur, plus que sa raison.
Je crains hélas que le néant ne me saisisse avant que je ne sois devenu poète…
Un grand merci en tout cas. J’ajoute que je suis féru d’alexandrins.
Merci beaucoup, Chamans, pour ton commentaire.
Tu as sûrement remarqué que l’une de tes nouvelles a été sélectionnée dans la section “similaire”. Les deux autres sont des poèmes que j’ai écrits. La dernière fois, c’était le même cas. Je suis ravi de voir que l’algorithme nous trouve des points communs et j’espère que cela continuera.
Quant au néant et au chaos, je les ai utilisés dans un sens purement littéraire et émotionnel, plutôt que scientifique. Par exemple, pour exprimer le sentiment après le bombardement d’une ville, on pourrait dire : « C’est le chaos total, il ne reste plus rien, c’est le néant ». Il s’agit avant tout d’un ressenti, d’une émotion face à une destruction, et non d’une définition scientifique.
J’espère que nos écrits seront à nouveau associés dans cette section.
La thermodynamique, et, en particulier, l’entropie sont une partie de la physique, particulièrement difficile à appréhender et comprendre, hormis la physique des particules.
Pourtant, nous, pauvres êtres humains, nous subissons que nous le voulions ou non le phénomène d’entropie qui nous conduit, inéluctablement à la mort…
Glisser l’entropie dans une poésie est une gageure ! Mais pourquoi pas, les poètes ont tous les droits !
Je l’ai souvent écrit dans mes commentaires, la poésie n’est pas à ma tasse de thé, comme d’ailleurs, la musique ! Je suis un handicapé dans ces domaines. Ce qui est paradoxal, car mon grand-père avait une fabrique de pianos et était lui-même accordeur. Apparemment, la génétique n’a pas suivi… J’ai une mauvaise oreille, ce qui explique aussi ma difficulté dans l’apprentissage des langues étrangères.
Je me sens incapable de débiter des mots ! Personnellement, il me faut du temps pour écrire une nouvelle. Si l’idée est quasiment instantanée en revanche la durée pour l’écrire, la corriger, la réécrire dépasse souvent plus de trois mois.
À chacun sa façon de fonctionner !
Bonjour Loki,
En lisant ton commentaire, j’ai réalisé à quel point nos parcours sont différents. Le mien a commencé à vingt ans, alors que j’étais auteur-compositeur-interprète, jouant de la guitare, de la basse et de la batterie. J’ai appris le métier sur les chantiers avec mon père — j’avais un BEP de maçonnerie, car l’école n’était pas faite pour moi. J’ai ensuite perfectionné mon art à l’IMFP, avant de suivre une formation de technicien en sonorisation, tout en jouant au rugby.
Mes textes, eux, étaient nourris par ma passion pour la science-fiction (Clarke, Asimov, Dick), l’heroic fantasy et la poésie. Mon poème sur Conan est d’ailleurs né de ces lectures. Fasciné par l’histoire des religions et la mythologie, ma spiritualité s’est toujours résumée à une quête, guidée par cette phrase : « Je suis celui qui cherche, je fuis celui qui sait ».
Tout a changé en 1987. Après l’opération de mon père, le choix entre la musique et l’entreprise familiale s’est imposé. En 1988, j’ai troqué ma guitare contre une carte d’artisan. J’ai alors cessé d’écrire et de composer pour me consacrer au carrelage et à la comptabilité. Si les romans ont perdu leur attrait, ma soif de connaissance ne s’est jamais tarie. Les essais d’Umberto Eco, les travaux de Frédéric Lenoir ou encore les cours de l’assyriologue Dominique Charpin sont devenus mes nouvelles mélodies. Plus récemment, j’ai été fasciné par le livre du prix Nobel de physique Alain Aspect. Par ailleurs, mes origines m’ont aussi donné un don : je suis bilingue en italien et en espagnol.
Mon parcours a pris un nouveau virage après mon cancer en 2023. J’ai voulu reprendre la guitare, mais j’ai réalisé que mes textes semblaient puérils et que j’avais perdu ma voix ! C’est là que j’ai découvert ce site en mai dernier, où j’ai eu le plaisir de te rencontrer, ainsi que Chamans et Hermano, qui m’ont beaucoup inspiré. Ne pouvant plus chanter, c’est vers la poésie que je me suis tourné. Je sais que ce n’est pas l’endroit pour un récit aussi personnel, mais je tenais à ce que tu comprennes mon chemin et la façon dont je vois les choses. J’espère que cela t’aidera à être plus indulgent envers mes erreurs.
Je t’apprécie beaucoup et te témoigne toute mon amitié.
Gilbert
Bonsoir Gilbert,
Nos parcours sont différents en apparence sur la forme certes, mais pas sur les difficultés. Je ne suis pas né avec une cuillère dorée dans la bouche.
J’ai commencé à travailler à 18 ans, j’ai passé le bac en autodidacte, et grâce aux IPES, j’ai pu devenir professeur (l’ascenseur républicain fonctionnait encore).
Je connais bien les lycées professionnels ayant enseigné dans ces établissements pendant 10 ans et ensuite dans les lycées techniques.
J’ai cumulé quelques difficultés : veuf à 30 ans avec un enfant, un cancer en 2014, un triple pontage en 2016 et actuellement une leucémie stade 0. Mais je m’accroche…
Merci la médecine.
Bonsoir Loki.
Je vois que la vie ne t’a pas épargné, mais j’espère de tout cœur que tu vas bien et que tu parviennes à surmonter tes problèmes de santé. Je te connais mieux maintenant, et t’apprécie d’autant plus.
Amitié épistolaire. Gilbert
Bonsoir.
Suite à vos remarques, que j’ai trouvées très pertinentes, j’ai décidé de changer le titre de mon poème. Plutôt que « Plaidoyer du néant », j’ai finalement opté pour « Plaidoyer du chaos », qui est plus en adéquation avec mon texte et me semble plus réaliste.
Merci.
Ton poème offre une exploration intense de la condition humaine et de la société contemporaine.
Tu dépeins un monde marqué par l’incertitude, la violence et une quête de reconnaissance superficielle.
Une critique sur la perte des valeurs et l’émergence d’un vide moral.
Tu exprimes une profonde perplexité face à un environnement incompréhensible, où l’espoir semble s’enliser.
Malgré ce constat sombre, ton poème révèle une quête personnelle de sens et d’harmonie.
Merci Gilbert pour ce moment de lecture intense et où je m’y retrouve avec force.
PatKadéka / Pat
Bonsoir Gilbert
Ton poème est fort et lucide et même si je n'ai pas tout suivi, comme Loki et Chamans,
tu exprimes avec intensité la confusion et la colère d’un monde en perte de sens.
Dans l'esprit je m'y retrouve totalement.
On sent ton besoin de vérité avec une quête d’harmonie au milieu du chaos.
Tes mots sont précis, justes, puissants, et portés par une révolte sincère.
C’est une écriture vraie, vivante et pleine de conscience et d’humanité,
pour exprimer une telle prise de conscience.
Et je trouve que tu as une chance phénoménale pour que les mots te viennent à l'intuition,
et qu'ils sont plutôt clairs pour exprimer tes émotions et tes idées.
Bien à toi Gilbert et passe une bonne soirée.
Pat