Mon mépris pour ce rêve, refusant toute trêve.
Je me sens révoltée en gardant mon courroux,
Car l’astre du matin était bien devant nous.
Vénus ou Lucifer, d’erreur en traduction,
D’un porteur de lumière nous créons un démon.
Nous passons des croyances à l’ignorance crasse.
Je blasphème en substance, il me faut plus de place.
Ésaïe* nous l’a dit, alors il faut le croire.
Quelle folie malsaine que se dire savoir,
L’âme à jamais perdue et l’esprit sans sa perche.
Je fuis celui qui sait, je suis celui qui cherche.
- Note : Le verset d’Ésaïe 14 :12 parle de l’étoile du matin, ou Helel en hébreu, qui signifie “l’astre brillant”. En latin, Saint Jérôme a traduit ce mot par Lucifer, qui veut dire “porteur de lumière”. Au fil du temps et des interprétations allégoriques, ce symbole de lumière est devenu, pour beaucoup, le nom du diable. Ce poème explore cette ironie : comment un malentendu et des traductions approximatives peuvent changer la nature d’un mot, et comment les croyances peuvent déformer la vérité.
Gilbert

Gilbert sous-jacent aux idées que tu développes dans ce poème, il y a l’antinomie entre croire et savoir ! Et tu affirmes en conclusion :
Je fuis celui qui sait, je suis celui qui cherche.
Cette fuite est-elle justifiée ?
Comment distinguer la croyance du savoir ? La croyance consiste à accepter de façon immédiate une vérité révélée. Le savoir, au contraire, exige de toute vérité qu’elle soit fondée sur des preuves, c’est-à-dire qu’elle découle de la médiation du discours rationnel, d’arguments.
Je pense personnellement qu’il est plus confortable de croire que de savoir…
Un grand écrivain, Éric Emmanuel Schmitt a fait la démarche après la rédaction de son livre, « La nuit de feu »de passer du savoir à la croyance. Ce qui est paradoxal.
Comme je sais que c’est un sujet qui te passionne, je me permets de citer un proverbe chinois.
Celui qui sait qu’il ne sait pas, éduque-le. Celui qui sait qu’il sait, écoute-le. Celui qui ne sait pas qu’il sait, éveille-le. Celui qui ne sait pas qu’il ne sait pas, fuis-le.
Apparemment, la philosophie chinoise à tendance à fuir, celui qui ne sait pas…
Le malentendu est de tous les temps et plus récemment une citation de Michel Blanc, dans un de ses films :
« Si tu veux un conseil, oublie que t’as aucune chance. On sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher. »
Cette citation est moins sérieuse que « Le verset d’Ésaïe »
Mais la chose la plus importante au monde est l’humour.
« Les gens qui ne rient jamais ne sont pas des gens sérieux. » Alphonse Allais
En tout cas merci Gilbert de nous faire réfléchir !
Gilbert, tu t’intéresses à plus de choses que moi ! Bravo !
Dans la liste que tu as donnée : Frédéric Lenoir, Dominique Charpin, Robert Woodrow Wilson, Mircea Eliade, Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, la rabbine Horvilleur, Alain Aspect… à part Michel-Yves Bolloré, la rabbine Horvilleur et Alain Aspect les autres ne me sont pas connus.
Nous nous rejoignons sur un point : Pierre Dac que j’adore.
J’ai eu la chance à l’âge de 18 ans, de participer à un ces spectacles, où il faisait un sketch avec Francis Blanche.
Ce jour-là, Francis Blanche m’a choisi dans les spectateurs pour être le cobaye des divinations de Pierre Dac déguisé en mage hindou.
https://www.youtube.com/watch?v=Vp_NrF9zfEw
Depuis, j’ai lu pratiquement tous les ouvrages de Pierre Dac…
Et je compléterai ta citation par la mienne, qui est devenu fétiche : “vaut mieux s’enfoncer dans la nuit qu’un clou dans la fesse droite”
Cher Gilbert,
Ton poème se lit comme une allégorie où l’aube et la chute jouent des rôles inversés, par le porteur de lumière : ”Vénus ou Lucifer”.
La scène est un théâtre moral où le savoir affiché engendre l’ignorance, où le mépris pour l’imaginaire sculpte des démons à partir d’anges déchus.
Et en filigrane, l’évocation d’Ésaïe rappelle la voix prophétique qui met en garde contre l’arrogance du savoir.
Face à elle tu opposes le salon du chercheur, humble et vagabond. Ce « Malentendu » est donc une marche fraternelle entre blasphème et quête.
Et j’aime le vers de conclusion: ”Je fuis celui qui sait, je suis celui qui cherche.”
Ton poème est évocateur qu’il y a mépris sur celui qu’on croit, l’être de lumière transformé ”en Diable”…
Bien à toi et bonne continuation poétique.
Pat