La pierre parle à mes mains
 lorsque je la saisis.

Je suis son maquilleur,
 je fais sortir sa face,

 sa plus belle apparence,
 enfermée dans sa gangue.

Avec mon burin,
je lui donne sa forme.

 C’est elle qui choisit,
qui me dit où frapper.

Et lorsque satisfaite,
elle me dit d’arrêter,

je la couche serein
 sur son lit de mortier,
 
mortier maigre de chaux,
comme on l’a toujours fait.

Alignant ces cailloux,
Je compose une phrase,

 surtout sans me tromper.
Chaque pierre a un sens
 
Des mots pris au hasard
ne font pas un discours.
 
Mis n’importe comment,
cela ne veut rien dire.

Je compose un poème
 de ces blocs alignés,

 et de ce tas de pierre,
je fais un escalier.
                             Gilbert