Mes filles ont bien grandi, et le temps s’est enfui.

J’étais plus jeune alors, par mes tourments conquis.

J’aurais voulu donner, sans attendre en retour,

un peu plus de ma flamme, le feu de mon amour.

Et puis est arrivée cette chose fragile,

ce petit bout de chou, pur comme l’argile.

Magie de l’émotion, qu’on ne peut quantifier,

où donc va cet émoi, toute cette quantité ?

Je la regarde rire, jouer, et s’exprimer.

Je la vois s’épanouir par tant d’amour donné.

Peut-être trop parfois, elle nous fait des caprices,

et je n’ai pas le choix, je cède avec délice.

Je voudrais l’emmener vers des contrées plurielles,

lui apprendre l’espoir, pour lui donner des ailes.

La voir s’envoler, ne rien craindre du monde,

la voir s’éloigner du mal et de l’immonde.

Mais je ne suis qu’un homme, je ne suis pas un dieu.

Je ne suis qu’un acteur qui fait que ce qu’il peut,

en étant que le père de sa mère chérie.

Parfois je les confonds, la mémoire en charpie.

De « l’art d’être grand-père », j’ai voulu me nourrir.

Je ne suis pas Hugo, pas la peine d’en rire.

Parfois je déraisonne, tant mon amour est grand,

je la voudrais pour moi, mais elle a ses parents.

Ils l’aiment eux aussi, lui donnent le meilleur.

Je le vois dans ses yeux, pétillants et rieurs.

Elle me parle beaucoup, invente des histoires,

son imagination fertile réveille ma mémoire.

Je suis donc un grand-père qui a voulu écrire,

certes, pas un poème, mais quelque chose à lire,

quelque chose de moi, de ce trop-plein d’amour.

Oui, c’est pour toi Léna. Tu le liras un jour.

Papy Gilbert à Léna (4 ans)