Réalisé dans le cadre de l’atelier sur les contes landais au Conservatoire des Landes de Gascogne à Sanguinet du 30 août 25 / avec un grand merci à Syllabe pour l’élaboration de cet atelier et sa connaissance des contes landais
Il était une fois une belle jeune fille qui s’appelait Lison et qui aimait se promener le long du lac de Sanguinet. Elle ramassait des pignes pour allumer le feu. Elle collectait aussi des plumes, des herbes, des coquillages et du bois flotté pour faire de jolis tableaux éphémères. Ainsi sa maison se distinguait-elle des humbles masures de son quartier. Elle était appréciée de tous et elle était connue pour son caractère timide, doux et songeur. Plus d’un berger solitaire rêvait d’elle, en tricotant sur ses échasses.
Alors qu’elle suivait des yeux un oiseau qui allait et venait dans les roseaux pour se protéger du vent, elle se laissa prendre par le temps et surtout par l’heure dangereuse du soleil couchant ; lorsque le ciel s’envahit de rouge et qu’une traînée d’argent fondu fit son chemin à la surface de l’eau, son pied heurta ce qui lui sembla être une branche, mais qui en réalité était la patte velue d’une araignée géante. Elle poussa un cri, mais il était trop tard. Lou Malur, car c’était son nom, l’avait attrapée dans sa toile. La jeune fille devint de plus en plus petite, au fur et à mesure que l’infâme bête prenait son apparence.
Ainsi transformée, Lou Malur revint au village. Une série de malheurs s’accumula, les habitants étaient effrayés et perplexes ; les granges brûlaient, des troupeaux entiers mouraient empoisonnés, des enfants et des vieillards souffraient de maux de ventre qui les laissaient sans repos, jour et nuit.
Lou Rémi, un jeune berger agile et malin, mena l’enquête et observa que Lison avait un comportement étrange. Il la suivit discrètement et constata qu’elle était à l’origine des méfaits. Or Rémi était amoureux de Lison et il ne pouvait croire qu’elle était une sorcière. Afin de poursuivre son enquête, il se procura des herbes secrètes qu’il avait ramassées au clair de lune. Il s’en fit une infusion afin de rester éveillé jour et nuit, le temps de son enquête. Il put ainsi suivre Lison sans relâche et il parvint à la conclusion qu’il s’agissait en fait de la ré-incarnation de Lou Malur.
Lou Rémi, qui avait plus d’un tour dans son sac, jeta un filet sur la maléfique créature et l’embarqua malgré ses protestations sur le bateau de son ami pêcheur. Au milieu du lac, il la plongea dans l’eau où il la força à demeurer trois jours entiers. Il se boucha les oreilles pour ne pas entendre ses supplications mielleuses et envoûtantes. Lorsque n’y tenant plus, Lou Malur fut contrainte de reprendre son apparence première, elle se débattit de toute la force de ses longs bras velus pour s’extirper de la nasse où elle était désormais enfermée. Mais rien n’y fit, car Lou Rémi résista vaillamment. Des pêcheurs qui passaient par là, lui tapèrent dessus à coups de rames puis aidèrent Lou Rémi à l’expédier par le fond, lestée de lourdes pierres.
Lou Rémi se demandait s’il y avait encore un moyen de sauver Lison. Il avala quelques gorgées de son infusion magique pour parcourir sans répit les rives du lac. Au bout de trois autres jours, il aperçut ce qui lui sembla être une poupée de chiffons au pied d’une dune qui s’apprêtait à engloutir un quartier de pêcheurs au bord du lac. Lorsqu’il la ramassa, il vit qu’elle ressemblait à Lison. Il la serra contre lui, lui caressa les cheveux et murmura à son oreille : « reviens, Lison ! ». Alors la poupée reprit vie, elle ouvrit les yeux et lui tendit les bras. Elle redevint une belle jeune fille… de la taille d’une poupée, mais Rémi était plus amoureux que jamais et certain que son amour la ferait grandir d’une façon ou d’une autre.
Il mit la belle dans son gilet,
Et s’en revint à Sanguinet.

Une très jolie nouvelle, inspirée d’un vieux chant traditionnel gascon qui ancre l’histoire dans sa tradition régionale. On y retrouve l’atmosphère des contes de Grimm ou d’Andersen.
Est-ce la réécriture d’un conte landais réel ou une invention des gens de l’atelier ?
Quoi qu’il en soit, comme j’adore les contes, malgré mon âge avancé, je l’ai apprécié !
Ce compte est un véritable patchwork de différents contes classiques.
L’araignée, cet arthropode pouvant si utile, y a une mauvaise réputation et y est assimilé à un être maléfique. Lison joue le rôle de la mouche. Lou Malur (le malheur ?) se remplit de la substantifique moelle de Lison pour acquérir son apparence et le corps vidé de sa substance est assimilé sous forme d’une poupée au corps desséché de la mouche dans une toile.
Et comme dans beaucoup de contes entre en scène, le beau et jeune héros, ici sous la forme de Lou Rémi, un jeune berger agile et malin qui va sauver son amoureuse du maléfice.
Au milieu du lac, il la plongea dans l’eau où il la força à demeurer trois jours entiers. Il se boucha les oreilles pour ne pas entendre ses supplications mielleuses et envoûtantes.
Évidemment, sa méthode, rappelle un peu la méthode de la Gestapo ou si on veut se projeter plus loin en arrière dans l’histoire, celle de Ulysse, se faisant attacher au bas de son bateau pour résister aux appels des sirènes.
Mais que serait un conte sans quelques scènes d’horreur destinées à faire peur aux enfants ?
Je n’en veux que comme exemple, le conte de la Barbe bleue qui n’est pas plein de douceur et qui pourtant plaît beaucoup aux enfants.
Merci pour vos commentaires.
Ce conte est authentiquement… inventé en s’inspirant des contes collectés par Felix Arnaudin durant la 2nde moitié du XIXe siècle. Félix Arnaudin a consacré sa vie à photographier et à garder témoignage de la culture landaise traditionnelle avant qu’elle ne soit totalement modifiée et partiellement effacée par la plantation massive de pins qui a radicalement modifié ses paysages, ses structures sociales et son économie. Les contes collectés par Jean Peyresblanques nous ont aussi aidés.
Quant aux monstres, nous nous sommes énormément amusés à les créer après lecture de la description d’authentiques monstres de légendes landaises.
Enfin, la phrase finale est inspirée de la fin de certains contes traditionnels collectés par Felix Arnaudin comme par exemple :
“Et là, je vidai mon sac, et m’en revins à Commensacq”.
Joli conte qui nous emporte dans un univers féérique ou la cruauté a toute sa place, normal sur les rives du lac de Sanguinet, mais l’amour est toujours vainqueur.
Je connais mal les Landes mais j’imagine que tous ces étangs, tous ces marais étaient propices à la prolifération des monstres. Vous avez dû bien vous amuser à cet atelier.
J’ai lu le conte avec intérêt et plaisir, n’ayant jamais douté que Lou Rémi arriverait à ses fins.
Un joli conte, écrit comme un conte, que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire et dans lequel je sens mes ancêtres landais frapper la porte…
Merci Line !