Elle s’appelait Maria, non, pas Marie, mais Maria. Elle était fille de cordonnier, née en 1902. Maria passa son certificat d’études à onze ans.

Comment a t elle traversé la première guerre mondiale, comment a t elle rencontré mon grand père, je ne sais pas précisément, mais elle a fait un mariage d’amour. D’aucuns se souviennent qu’elle a arboré un voile de dentelle qui formait bonnet à la mode des années folles et une robe de couleur parme.

En 1936, Maria brandissait le drapeau rouge au plus fort des manifestations des chantiers navals.

Mon grand père, cet exilé des confins du département l’a t il rendue heureuse ?.

Toujours est il qu’il lui a donné huit enfants, une mort-née en 1941, ma tante aînée avait aidé ma grand mère a accoucher à la maison et dans ces années là, il ne faisait pas bon de déclarer le décès d’un d’un enfant à la naissance, pour un peu,on passait pour une faiseuse d’anges. Le dernier garçon lui succomba en 1949 d’une fièvre typhoïde, c’était encore un enfant.

Six petits, tous élevés au lait de chèvre car ma grand mère faisait profession de nourrice.

Maria fauta-elle, qui connait ?

Toujours est il que deux des filles avaient le cheveu fort bouclé et que je tiens de mon père de bronzer à l’air et d’avoir toujours le teint hâlé. Atavisme ou surcroît d’imagination de ma part qui saura le dire? Quoi qu’il en soit la progéniture de Maria fut souvent traitée de petits bicots.

Ce qui posa problème pendant la seconde guerre  mondiale. La famille était réputée pour être la plus pauvre du village et les petits au sortir de la boulangerie faisaient régulièrement l’école buissonnière, échappant à la vigilance de ma grand mère. Oui  Maria peinait à éduquer ce petit monde en 1942 , la dernière pointait dans son gros ventre . Aussi, malgré ses demandes au maire et ses lettres au préfet de l’époque, restées vaines, elle dut se résoudre à faire ce à quoi répugnait son cœur de mère, mettre ses trois chéris à l’orphelinat des sœurs de la charité à Poitiers. Bien sûr elle leur rendait visite mais pas souvent,et, malgré les pannes et les retards de trains, les bombardements, elle transportait dans ses profondes, les larges poches qui se dissimulaient dans un de ses jupons des mottes de beurre, très prisées par les religieuses en ces temps de rationnement. Bien sûr elle retrouva ses enfants en 1944.

Elle est morte, huit jours après mon grand père , la famille lui avait caché ce décès de peur de l’achever, alors qu’elle se mourait d’un cancer et d’épuisement à l’âge où beaucoup aspirent au repos..

Il ne me reste que deux ou trois choses d’elle : son courage,une photo en pied où apparait lâchée sa chevelure de jais qui recouvrait ses reins et un parfum subtil de roses qui flotte encore dans mon cœur.