– Attention, tu vas marcher sur mes fleurs !
– Bou Diou, je les avais pas vues ! Mais pourquoi tu les as plantées sur le passage ?
- C’est pas le passage, c’est la pelouse !
– D’accord mais c’est l’endroit où je traverse la pelouse depuis qu’on habite ici ! Pourquoi mets-tu le massif, ici, précisément ?
– Et bien … pour que tu reprennes le droit chemin !
– Fichtre, ma belle, je ne l’ai jamais quitté ce droit chemin, fidèle comme au premier jour ! Mais l’allée du jardin m’ennuie, elle se tortille entre les arbres alors que le plus court chemin d’un point à un autre a toujours été la ligne droite. Mon atelier est juste en face.
- « Gros bazar » veux tu dire, « mon gros bazar ». Un atelier, c’est bien rangé, chaque outil à sa place, un établi propre et net… Pas une espèce de capharnaüm comme le tien où une poule ne retrouverait pas ses poussins !
– Halte là ! Tes récriminations ne valent pas, je sais où sont mes choses moi !
- Inutile de raconter des blagues, je sais que tu as emprunté la scie du voisin parce que tu ne retrouvais plus la tienne.
– Jamais de la vie ! Je la lui ai empruntée parce qu’il me fallait aiguiser la mienne !
- Kévin m’a pourtant raconté qu’il t’avait aidé à retourner tout le bazar en vain.
– Le saligaud ! Si on ne peut plus avoir confiance au copain… c’est la fin du monde ! Il peut courir pour l’apéro ce soir !
- Mais pousse-toi donc, vieux ronchon, et va au potager me chercher une salade.
– Ne vois-tu pas que je suis triste d’être trahi ?
– Oh, arrête ton numéro et aide moi à me relever s’il te plait !
– Princesse, prenez ma main, appuyez-vous sur mon bras… aaah, venez contre mon cœur !
– Quel beau parleur ! Crois-tu que nous ayons encore l’âge de batifoler ?
– Rien ne m’arrêtera ! Ni le temps, ni les rhumatismes ! Je te trouve belle comme au premier jour.
– Sauf que je ne crois plus tes balivernes, mon beau merle ! Va chercher ma salade !
– Tambour battant mon général !
– Utilise le couteau que j’ai laissé planté au bout du sillon, ne salis pas le tien.
– Votre sollicitude vous perdra, Madame !
– Waouw, tu commences à me fatiguer avec tes moqueries, tu pourrais manger de la soupe à la grimace.
– Xéres en accompagnement ça te dit ? Je passe par la cave en revenant.
– Y reste pas jusqu’à pas d’heure, je me fâcherais !
– Zut, j’aime tellement tes yeux de braise quand tu es en colère, je vais être obligé de m’attarder !
Atelier du 25 juin 2025 à Villenave d’Ornon


Un beau texte !
Malgré le corps qui nous trahit et les années qui passent, l’amour perdure dans les vrais couples.
Les affrontements verbaux, loin de dissocier, les partenaires, les rapprochent, car ils sont la soupape contre une indifférence qui pourrait s’établir…
Un dialogue bien tricoté de A jusqu’à Z !
Bravo Syllabe, un régal !
Un dialogue où la tendresse pointe sous la rudesse. Deux vieux amoureux un peu retors mais tellement sympathiques. Malgré leurs disputes on les envie. Tout le monde ne vieillit pas aussi bien.