Derrière la maison de vacances, un grand jardin s’étendait. Posté, au centre, un chêne noble. Il était haut. Bien plus que moi. Bien plus que mon père.                                                                                       

D’un accord silencieux, on l’appelait L’arbre des enfants. Nos gambettes escaladaient les branches, et on s’asseyait sur l’une d’elles, faisant fendre l’air de nos petites bottes. 

Quand j’étais adolescente, Il a été rebaptisé l’arbre aux secrets. De la fenêtre, on voyait les adultes se disputer, leurs lèvres remuées bien trop fort. Des fois, ils s’embrassaient. D’autres, ils gloussaient.                                                                                                                                 Quelques fois inattendues. Ma mère, un ami, cachés derrière le chêne. On ne savait jamais ce qu’ils se disaient. 

Puis, un jour, j’étais adulte. C’est devenu l’arbre des confidences. Désormais, je gardai les secrets.                 Et les petits nous observaient par la baie vitrée. Sans doute que, pour eux, ce fut toujours l’arbre des enfants. J’ai compris ce que les grands y faisaient, avant. J’y est été avec des copains. Des amis. Des amis qui sont devenus des copains. On s’est beaucoup enlacés, on a beaucoup ri, et parfois on s’est disputés. Nos lèvres remuaient, et on se cachait. 

Puis j’ai grandi. L’arbre, lui, a rétréci.

Un matin, alors que j’étais encore adulte, ils l’ont coupé. 

Pour épurer nous ont-ils dit. 

Moi je pense qu’il avait trop bien vieillit. Mieux qu’eux. Et que c’était leur coeur, leurs fautes, leurs secrets, tout ce qu’ils avaient fait, qu’ils voulaient épurer.