C’est au bout d’une longue marche en forêt que Lou Rémi atteignit la source de la fée verte. Le sol était marécageux et Lou Remi s’enfonçait à chaque pas. Heureusement, un beau soleil d’automne lui donnait du courage. Ce matin, il avait essuyé de fortes averses et avait failli rebrousser chemin.
Il sortit un papier de sa poche. Selon les indications de l’ermite, il devait arriver bientôt mais saurait-il voir la source magique ?
Il ne la vit pas, il l’entendit. En effet, un bruissement discret attira son attention. Avec respect, il s’approcha. Elle était bien là, frayant son chemin parmi les cailloux noirs et gris, semant des bulles d’air sur son passage, tel un petit Poucet aquatique. Aimanté par ce ruban scintillant qui s’élargissait, il progressa sous la voûte des chênes tauzins encore verts malgré ce début d’automne. La lumière dessinée à travers les branches un réseau de soie au gré des vaguelettes. À un coude de la rivière, il aperçut de longues chevelures d’algues qui s’étiraient paresseusement. Mais ce n’étaient point des algues, mais la chevelure de la fée verte.
– Approche, approche jeune homme, dit la fée.
Elle souleva gracieusement ses voiles diaprés. Ils avaient des reflets roses, elle était donc de bonne humeur. Lou Rémi avança, la tête respectueusement baissée, le béret à la main.
– Quelle est ta quête ? dit la fée.
Lou Rémi, le cœur battant, récita la phrase qu’il avait apprise par cœur.
– Oh bonne fée, je m’incline devant toi et te demande humblement le don d’écrire un poème afin de reconquérir la douce Lison.
– Et pourquoi l’as-tu perdue ?
– J’avais rapporté des roses de la ville, elle en voulait une et je la lui ai refusée. Depuis, elle ne veut plus me voir.
– Que comptes-tu faire ?
– Ma Lison est une personne douce et délicate, elle aime que je joue de la guitare, mais pour la reconquérir, je voudrais inventer un texte qui ravisse son cœur.
– C’est là ta seule volonté, la reconquérir et ravir son cœur ?
– Oui, non, bafouilla Lou Rémi, alerté par l’air sévère de la fée.
– Quelles sont donc tes autres intentions ?
– Eh bien, la charmer et me faire pardonner.
– Mais encore ? insista la fée.
– Euh… Lui faire plaisir. Elle n’aime rien tant que la poésie et la chanson. Et il m’en faudra beaucoup pour la garder toute la vie, car je l’aime de tout mon cœur.
– Bien, je vais réfléchir, dit la fée qui s’enveloppa en entièrement dans ses voiles qui avaient virés au violet. Tu sais ce que tu as à faire ?
Le jeune homme sortit de sa besace un panier qu’il avait amoureusement tressé et paré d’un ruban vert. Il le déposa au bord de la rive, puis plongea avec un frisson dans l’eau glacée. Puis, il s’agenouilla tout grelottant et attendit le bon vouloir de la fée. Au bout de longues minutes, il sentit avec joie une pluie de sable sur sa tête, c’était le sable de l’inspiration. Il ouvrit les yeux pour la remercier, mais elle avait disparu ainsi que l’offrande qu’il avait confectionnée pour elle.
Soudain, une farandole de paroles envahit son esprit. Il s’enveloppa vite dans sa pelisse et en sortit le papier et le crayon qu’il avait apportés pour commencer à noter : « À la claire Fontaine m’en allant promener… ».
Texte écrit en atelier sur les thèmes des sources guérisseuses des Landes

Décidément, Lou Rémi opiniâtre !
Mais que ne ferait-on pas par amour ?
Tout le monde n’a pas à sa disposition, une fée verte !
Si les contes n’existaient pas, il faudrait les inventer. Ils ont bercé toute mon enfance et à l’orée de ma vie, je m’en souviens encore.
Ensuite je les ai racontés à mes enfants et mes petits-enfants. Que de merveilleux moments, que rien ne peut effacer qui lient les générations entre elles ! Ils sont une partie de la culture d’une région ou d’un pays.
Comme Lou Rémi j’aurais parfois besoin d’une fée verte pour qu’elle verse sur ma tête, le sable de l’inspiration.
Quelle bonne idée, ce « sable de l’inspiration », s’inspire-t-elle du sable du marchand de sable qui endort les petits enfants ?
Une autre bonne idée, c’est la lumière émise par la fée qui change de couleur en fonction de son humeur…
Une fois plus, j’ai passé un bon moment en lisant ce conte. Merci.
Et en plus j’ai enrichi mon vocabulaire : chênes tauzins, voiles diaprés
Merci Loki pour cet aimable commentaire ! Je suis contente que le conte t’ait plu.
La fée verte était le surnom de l’absinthe, censée inspirer les artistes (pour mieux les tuer après ?). En tout cas, la mienne est garantie sans alcool.
Par ailleurs, l’idée du sable de l’inspiration m’est venue à la lecture de l’hilarant livre de Stephen King “Écriture : mémoires d’un métier”. Je cite : Si vous n’avez pas envie de vous casser le cul, ce n’est pas la peine d’imaginer que vous écrirez bien un jour… Il y a un Monsieur Muse, mais il ne va pas descendre en voletant dans votre bureau pour répandre sa poudre de fée créatrice sur votre machine à écrire ou votre traitement de texte… vous devez vous taper tout le travail de force, pendant que Monsieur Muse paresse… en faisant semblant de vous ignorer.
À bon entendeur, salut ! Merci, Stephen King !
Quant au changement de couleur des ailes de la fée, il m’a été inspiré par les statuettes kitsch de mon enfance dont la couleur changeait en fonction de l’humidité ambiante, passant du bleu au violet en passant par le rose, ce qu’on nous présentait comme une alternative à la grenouille de la météo. Il y a paraît-il aussi, des bagues qui changeraient de couleur en fonction de l’humeur de celles qui les portent.
Très bien mené, je trouve, et vraiment agréable à lire pour moi.
J’ai vraiment apprécié ces chatoyements de couleurs.
Cette fée qui flotte ainsi sur la rivière me fait aussitôt penser à Ophélie.
Une fin fort habile et ma foi délicieuse.
La lumière dessinée –> dessinait
Je radote sans aucun doute, mais cette idée de “sable de l’inspiration” m’a beaucoup plu !
Comment “l’idée” arrive dans la tête des écrivains est un sujet qui m’a toujours intéressé. En effet, pas d’écrits significatifs sans une idée préalable qui transcende leurs écrits.
C’est d’ailleurs cette recherche qui m’a inspiré une nouvelle publiée, il y a quelque temps sur le site !
https://oasisdepoesie.org/textes-dauteurs/nouvelles/winther/le-stylo/